Lorsque les Maraudeurs deviennent
plus qu’un simple mythe
Chapitre
33 : Deuil et sombre période.
La surface du lac reflétait l’astre
nocturne qui n’était, en ce soir, qu’un maigre croissant. Depuis le ciel à
peine voilé par quelques volutes nuageuses, la lune offrait son éclat pâle qui
lui était propre, sa lueur tamisée auréolant l’obscurité environnante d’une
atmosphère d’autant plus irréelle que rien ne troublait la surface plane,
presque métallique, du lac. Aucun souffle de vent n’en effleurait la surface.
Aucun frémissement du rivage herbeux ou des arbres de la forêt dont la lisière
s’étendait un peu plus loin. La nature elle-même semblait avoir adopté un
silence presque mortel. Un rire glacial brisa soudain ce calme trompeur. Une
haute et sombre silhouette se dressait près du lac, dominant une autre forme
prostrée sur le sol, face à lui, et qui bougea légèrement, non sans une plainte
étouffée.
« Alors, Potter que penses-tu de ceci ? »
L’adolescent trembla et murmura quelque
chose.
«- Qu’as-tu dit, Potter ? Je n’ai
pas entendu, se moqua l’homme qui lui faisait face.
- Vous l’avez tuée… » souffla, d’une voix tremblante de
colère, son interlocuteur, les poings serrés.
Le mage noir éclata de rire, ce rire
glacial qui ferait frémir n’importe qui.
« La souffrance, Potter… la
souffrance… ceux qui me tiennent tête son voués à souffrir… ! »
L’adolescent ne répondit pas mais,
lentement, se releva, les jambes tremblantes, serrant les poings si fort que
ses jointures en étaient blanches et que de minces filets de sang s’écoulaient
de ses paumes. Mais il ne semblait pas s’en soucier tant sa douleur était
grande, tout comme il ne semblait pas se rendre compte des coupures et brûlures
qui recouvraient ses bras et son visage. Son visage était figé dans une
expression proche de la haine alors qu’une colère froide s’immisçait en lui,
ses yeux bleus brillants d’une rage qu’il contenait à peine. La douleur,
physique, à laquelle Voldemort venait de le soumettre, par le Sortilège
Doloris, n’était rien à côté de la souffrance morale qui lui brisait le cœur en
cet instant. Un autre sang que le sien avait coulé auparavant… un sang
innocent… Une vie innocente avait été anéantie…
« Oui, Potter, je sais que tu as
mal, reprit froidement le mage noir en esquissant un sourire mauvais. Je sens
cette souffrance qui te dévore petit à petit… Je perçois ta colère… »
Sans signe avant-coureur, son
adversaire se jeta sur lui, dans un geste insensé qui prit l’adulte au dépourvu
mais qui n’eut aucun mal à le repousser violemment d’un simple mouvement de
baguette. L’adolescent heurta violemment le sol, ne pouvant réprimer un cri de
douleur. Sonné par le choc, il se retrouva menacé par la baguette du Seigneur
des Ténèbres dont les yeux écarlates brûlaient d’une lueur mauvaise.
« Jeune présomptueux… je vais
t’apprendre ce qu’il en coûte d’agir si sottement… Avada Kedavra »
* * * * *
« JAMES ! NON ! »
Lily se réveilla en sursaut, le souffle
court et les yeux écarquillés d’effroi. Assise dans son lit, s’efforçant à
respirer profondément et calmer son cœur qui battait la chamade dans sa
poitrine, elle se passa la main, dans un geste machinal, sur la figure puis
dans les cheveux, rejetant ainsi en arrière les mèches auburn qui avaient
glissées devant ses yeux.
Ce cauchemar lui avait semblé si réel…
mais étais-se vraiment un cauchemar ?
« Ne sois pas idiote… James
doit être dans son lit et non pas en danger de mort face à Voldemort. »
songea-t-elle.
Pourtant, quelque chose, au fond
d’elle, lui disait que quelque chose n’allait pas et elle ne pouvait se
départir du malaise grandissant que son mauvais rêve avait créé en elle. Elle
devait en avoir le cœur net.
Elle quitta vivement son lit, attrapant
sa robe de chambre au passage et quitta rapidement le dortoir silencieux, non
sans un regard à sa montre : 23h30. Troublée, elle dévala l’escalier,
déboula dans la Salle Commune déserte et se précipita dans l’escalier en
colimaçon menant aux dortoirs des garçons, l’appréhension lui nouant la gorge
et ignorant le froid des marches sous ses pieds nus.
« Oh mon Dieu, faites qu’il soit
dans son dortoir…, faites qu’il ne lui soit rien arrivé. » murmura-t-elle.
Atteignant enfin la porte du repaire
des Maraudeurs (que les filles avaient surnommé “l’antre des fauves”), elle ne
prit pas même le temps de frapper et ouvrit la porte à la volée. Le battant
claqua durement contre le mur mais elle ne s’en soucia guère alors qu’elle se
figeait sur le seuil de la pièce, effarée… Les lits étaient vides… Le dortoir
était inoccupé… James, Harry, Remus, Sirius et Peter n’étaient pas là où ils
auraient dû être…
« Non… ! Non, je dois rêver,
c’est impossible… »
La panique la gagnait à présent, alors
qu’elle parcourrait, distraitement, du regard la pièce pénombrée, se retenant
au chambranle de la porte.
Sans réfléchir, elle tourna les talons
et regagna en hâte son dortoir, ouvrant, une fois de plus, la porte à la volée,
réveillant ainsi ses camarades de chambre. Mais, en cet instant, elle ne s’en
souciait guère.
«- Lily ? s’étonna la voix
ensommeillée d’Amy alors que cette dernière émergeait de son lit. Mais
qu’est-ce qui se passe ?
- Il faut que je retrouve James, rétorqua Lily en attrapant à la
hâte des vêtements pour se changer. Le dortoir des garçons est vide. »
Amy fronça les sourcils.
« Pourquoi t’affoles-tu comme
ça ? s’étonna-t-elle. Les connaissant, ils doivent sûrement préparer une
nouvelle blague contre les Serpentard… c’est tout… »
Lily se figea à cette supposition alors
qu’elle finissait de mettre ses chaussettes. Dans son angoisse, elle n’avait
même pas envisagé qu’ils puissent être encore partis dans l’une de ces
escapades nocturnes qui étaient, pourtant, l’une des occupations favorites des
Maraudeurs. Mais le souvenir de son cauchemar s’imposa à nouveau à elle et elle
recommença à s’habiller fébrilement, alors qu’Elsa, encore à moitié endormie,
rejoignait Amy tout en demandant ce qui se passait.
« Je ne sais pas comment expliquer
ça mais je sens que les garçons ont encore faits quelque chose de risqué et
qu’ils sont dehors… » concéda Lily.
“Et en danger” songea-t-elle, sans oser
le préciser à voix haute.
Ses deux amies échangèrent un regard
puis Amy pouffa en voyant les efforts de son amie qui se démenait pour mettre
son pull et s’avança pour mettre le vêtement dans le bon sens de façon à ce que
la Préfète-en-Chef puisse l’enfiler sans encombre.
«- Merci, murmura cette dernière tout
en attrapant ses chaussures et en les mettant.
- Même si je suis sûre que
tu t’inquiètes pour rien, je t’accompagne. » déclara Amy, en rejoignant, à
son tour, son lit pour se changer, rapidement imitée par Elsa.
Cinq minutes, à peine, plus tard, les
trois filles gagnèrent la Salle Commune… pour découvrir que la pièce n’était
pas si déserte que ça, alors qu’elle traversait la salle pour rejoindre le
portrait de la Grosse Dame.
« Un ronflement… » murmura
Elsa.
Interloquées, les filles ne tardèrent
pas à découvrir l’origine du bruit… qui n’était autre que Peter qui, vautré
dans un fauteuil, près de la cheminée, dormait profondément. Elles échangèrent
un regard entendu et, d’un commun accord, secouèrent sans ménagement le
Maraudeur qui se réveilla en sursaut.
«- Hein ? Quoi ? Qu’est-ce
qui… ? s’affola-t-il en se mettant aussitôt debout et jetant des regards
anxieux autour de lui.
- Eh, relaxe, Peter, ce n’est que nous. » intervint Amy.
Le Maraudeur se calma aussitôt en
découvrant les trois filles et il soupira, comme s’il avait craint autre chose.
«- Les filles ? Mais qu’est-ce que
vous faites là ? Vous…
- Peter…, où sont les autres ? » le coupa Lily.
Le Maraudeur la fixa étrangement.
«- Ils ne sont pas encore
rentrés ? Quelle heure est-il ?
- Il ne doit pas être loin de minuit, répliqua Elsa.
- Où sont-ils partis ? » insista Lily.
Peter la fixa d’un air incertain puis
haussa les épaules.
« Menteur…, tu sais très bien où
ils sont. » rétorqua Lily, visiblement contrariée.
Amy interrompit son amie en posant une
main sur son bras.
« Peter, les garçons avaient
prévus de faire une blague dans le dortoir des Serpentard, ou quelque chose
comme ça ? » demanda-t-elle, calmement.
Peter, dont les yeux passaient,
nerveusement, de l’une à l’autres des trois filles, secoua négativement la
tête. Lily déglutit péniblement, inquiète.
« Où…où sont-ils alors ?
retenta-t-elle, l’estomac curieusement nouée et la gorge sèche. Je t’en prie,
Peter, je suis sûre que tu sais où ils sont, alors dis-le nous, s’il te
plaît. »
Le maraudeur la fixa un moment puis,
incapable de soutenir le regard suppliant de la jeune fille, baissa la tête et
s’agita nerveusement.
« Ils voulaient voir quelque chose
dans la forêt…, mais ils ne devraient plus tarder à… »
Lily n’attendit pas la fin de sa
phrase. Plus inquiète que jamais, elle se rua vers la sortie, suivie de près
par ses deux amies qui, le premier moment de surprise passé, abandonnèrent là
le Maraudeur.
«- Lils, mais qu’est-ce qui te
prend ? s’inquiéta Amy en la rattrapant dans le couloir. Je suis sûre
qu’il n’y a aucune raison de s’en faire.
- Il faut que j’en aie le cœur net…, je dois m’assurer qu’il n’a
rien…
- Lils, je suis certaine que ni James, ni aucun des garçons, n’a
de problèmes et qu’ils vont bien… Je suis prête à parier qu’ils sont sur le
chemin du retour et…
- Je… j’ai fait un cauchemar… Mais il semblait tellement réel…,
avoua Lily en continuant à courir dans le couloir sans se soucier du fait
qu’elle pourrait se faire attraper par Rusard ou quelqu’un d’autre. Et… »
Elle entreprit de leur résumer ce
qu’elle avait vu, alors qu’elles gagnaient le hall d’entrée. Lily ne s’arrêta,
essoufflée, que lorsqu’elle atteignit le rivage du lac qui, par chance, était
désert.
Elle soupira, soulagée. Aucune trace de
Voldemort ni d’aucune autre présence, quelle qu’elle soit. Pourtant, quelque
chose continuait à la tracasser, alors qu’elle s’approchait du lac, suivie par
ses deux amies.
« James, bon sang, où
es-tu ? » songea-t-elle, tandis qu’elles s’approchaient de la lisière
de la Forêt Interdite qui se dressait, sombre et menaçante, un peu plus loin.
Elle tressaillit en s’entendant appeler
et ressentit un immense soulagement lorsque, en compagnie de ses amies, elle se
tourna dans cette direction pour apercevoir deux silhouettes familières émerger
du couvert des arbres. James et Harry…
Elle voulu s’avancer dans leur
direction et tout explosa brutalement autour d’elle.
* * * * *
Harry et James furent violemment
projetés l’un contre l’autre par le souffle de l’explosion et heurtèrent
durement le sol. Enfin, du moins, James avait été projeté contre Harry, alors
que celui-ci se redressait, la douleur infligée par sa cicatrice ayant perdu en
intensité aussi brutalement qu’elle était arrivée.
Quoiqu’il en soit, Harry, sonné par le
choc et le souffle coupé par sa chute et le fait que James lui était tombé
dessus, mis un peu de temps à comprendre ce qui se passait. Mais le Maraudeur,
lui, se releva aussitôt, livide.
« LILY ! NON !
cria-t-il, sans prêter la moindre attention à Harry qui, retrouvant ses
esprits, se précipita aussitôt à sa suite. Pas ça. Pas ça. Tout mais pas
ça. » souffla-t-il, en se ruant vers la sombre fumée qui s’élevait du lieu
de l’explosion, à l’endroit exact où se tenaient, quelques secondes auparavant,
les trois filles.
Une détonation
assourdissante avait troublé le silence pesant qui régnait dans la forêt.
Sirius et Remus pâlirent, échangeant un regard, alors qu’ils se figeaient
brutalement.
« Oh
non. » souffla le lycanthrope, mû par un horrible pressentiment.
Au bout d’un moment
qui leur paru avoir duré une éternité mais qui n’avait probablement pas dû
durer plus de quelques longues minutes, ils finirent par distinguer ce qu’ils
cherchaient. Son cœur bondit violemment dans sa poitrine puis sembla s’arrêter
tout aussi brutalement, lorsque James distingua des formes immobiles sur le
sol, à quelque pas de là. Il eut l’impression que son sang se glaçait dans ses
veines, alors qu’il se précipitait dans cette direction.
« Lily, non !
Je t’en supplie ! Tu ne peux pas me faire ça ! LILY ! »
s’écria James, vainement, attirant le corps inconscient contre lui, ignorant le
sang qui s’écoulait des multiples blessures de la jeune fille, engendrées par
l’explosion dont elle avait été la cible et venait salir ses vêtements.
« Alors, Potter
que penses-tu de ceci ? »
L’adolescent trembla
et murmura quelque chose.
«- Qu’as-tu dit,
Potter ? Je n’ai pas entendu, se moqua l’homme qui lui faisait face.
- Vous l’avez tué… » souffla, d’une voix
tremblante de colère, son interlocuteur, les poings serrés.
Le mage noir éclata
de rire, ce rire glacial qui ferait frémir n’importe qui.
« La
souffrance, Potter… la souffrance… ceux qui me tiennent tête son voués à
souffrir… ! »
L’adolescent ne
répondit pas mais, lentement, se releva, les jambes tremblantes, serrant les
poings si fort que ses jointures en étaient blanches et que de minces filets de
sang s’écoulaient de ses paumes. Mais il ne semblait pas s’en soucier tant sa
douleur était grande, tout comme il ne semblait pas se rendre compte des
coupures qui recouvraient ses bras et son visage. Son visage était figé dans
une expression proche de la haine alors qu’une colère froid s’immisçait en lui,
ses yeux bleus brillants d’une rage qu’il contenait à peine. La douleur,
physique, à laquelle Voldemort venait de le soumettre, par le Sortilège
Doloris, n’était rien à côté de la souffrance morale qui lui brisait le cœur en
cet instant. Un autre sang que le sien avait coulé auparavant… un sang
innocent… Une vie innocente avait été anéantie…
« Oui, Potter,
je sais que tu as mal, reprit froidement le mage noir en esquissant un sourire
mauvais. Je sens cette souffrance qui te dévore petit à petit… Je perçois ta
colère… »
Sans signe
avant-coureur, son adversaire se jeta sur lui, dans un geste insensé qui prit
l’adulte au dépourvu mais qui n’eut aucun mal à le repousser violemment d’un
simple mouvement de baguette. L’adolescent heurta violemment le sol, ne pouvant
réprimer un cri de douleur. Sonné par le choc, il se retrouva menacé par la
baguette du Seigneur des Ténèbres dont les yeux écarlates brûlaient d’une lueur
mauvaise.
« Jeune présomptueux…
je vais t’apprendre ce qu’il en coûte d’agir si sottement… Avada
Kedavra. »
Le faisceau vert
dévia brutalement, sous le regard dénué d’expression de James.
« Laisse-le
tranquille, Voldie… ! »
James tressaillit à
cette voix familière mais dure et entrecoupée par une toux rauque et dépourvue
de toute intonation, alors que Harry s’interposait, baguette à la main.
L’expression du mage noir changea imperceptiblement, n’appréciant guère cette
intervention ni le manque de respect évident dont Harry faisait preuve à son
égard.
«- Oh mais que voilà
un jeune imprudent qui ose me tenir tête de la sorte ? commenta, froidement,
Voldemort.
<< Ce n’est pas comme ça que tu résoudras tes
problèmes.>>
Harry tressaillit à peine, mais répliqua hargneusement.
« Ferme-la, je n’ai pas besoin que tu me fasse la
morale. »
<<Fais attention, Harry… Comme quelqu’un a dit une
fois, “ La colère est pareille à un cheval
fougueux ; si on lui lâche la bride, son trop d'ardeur bientôt l’épuise.”>>
<<Je ne peux pas te donner de réponse précise à ce qui te
tracasse mais je peux, par contre, te rappeler quelque chose… Tes parents ont
donnés leur vie pour toi… Par amour pour toi, ta mère s’est sacrifiée pour te
préserver… Pense-y…>>
« Mais… ?
Comment… »
<<N’oublie
pas, Harry, j’en sais bien plus que tu ne le crois… Ecoute ton cœur et tu
sauras quoi faire… La première intuition est souvent la bonne alors cesse de
réfléchir et laisse-toi guider par ta conscience… >>
Harry resta
silencieux. Après tout, au fond de lui, il sentait que, peu importe ce qu’il
dirait, il n’obtiendrait plus de réponse…du moins pour cette fois.
« Ecouter mon
cœur… » murmura-t-il, finalement.
C’était l’un des
fondements de la pratique de l’Ancienne Magie…
Il resta un long moment
immobile, perdu dans ses réflexions, au beau milieu du couloir. Finalement, il
soupira et repartit, machinalement, vers le hall. Il avait besoin de calme,
s’il voulait se remettre en question. Il devait faire table rase…, voilà ce
qu’il aurai dû faire dès le début.
* * * * *
L’infirmerie était
on ne peut plus silence, à peine éclairée par la lueur déclinantes des torches
fixées aux murs, lorsqu’il y pénétra en douce ce soir-là. Harry se glissa à
travers les lits vides et gagna celui de Lily. Il sourit en constatant que
James s’était assoupi, au chevet de la jeune fille, serrant toujours l’une des
mains de sa petite-amie dans les siennes.
Harry les observa un
moment, songeur. Par expérience, il savait que jamais le Maraudeur ne se serait
endormi de son propre chef sachant sa petite-amie entre la vie et la mort et
Harry soupçonnait même Madame Pomfresh de lui avoir fait absorber, à son insu,
une de ses spécialités. Harry reconnaissait bien là l’infirmière. Bien qu’elle
ait tolérée la présence quasi-permanente de James auprès de Lily, elle n’était
pas prête à le laisser accumuler nuit blanche sur nuit blanche.
Harry se hâta de
chasser ces réflexions de son esprit et se faufila de l’autre côté du lit de la
jeune fille. Il inspira profondément, s’efforçant de calmer son cœur qui
battait la chamade. Ce qu’il allait faire n’était pas sans risque, autant pour
lui que pour Lily. Il avait besoin de toute sa concentration et était donc
soulagé par le fait qu’il ne risquait pas d’être distrait, de quelque manière
que ce soit.
« Un don
spontané et désintéressé. » murmura-t-il.
Il comprenait, à
présent, pourquoi sa précédente tentative n’avait pas marchée. Il avait voulu
sauver celle qui deviendrait sa mère, mais, inconsciemment, ce n’avait pas été
dépourvu d’intérêt… Après tout, si sa mère mourrait, là, il ne risquait donc,
automatiquement, pas de voir le jour… C’était, en quelque sorte, un geste aux
fondements égoïstes. Tout comme James qui, lui, n’avait dû voir en ce geste
qu’un moyen de récupérer son seul repère.
Non, en fait, il devait considérer l’instant présent. Lily n’était
qu’une jeune fille de dix-sept ans, en mauvaise posture, et qu’il devait aider.
C’était de cette façon qu’il devait voir les choses. Et c’était ce qu’il avait
réalisé après avoir passé une bonne partie de son temps à réfléchir, dans un
coin désert de la Bibliothèque.
Il inspira à nouveau
et ferma les yeux, tout en s’efforçant à faire le vide en lui, à se débarrasser
des préoccupations futiles et superflues. Ce que la Voix n’avait cessée de lui
répéter… Ne pas se poser de questions…, ne pas réfléchir…, juste agir… Faire
confiance en son instinct et à son cœur… Rien de plus.
« Un don
spontané et désintéressé… »
Il réalisa alors que
rien n’était anodin…, que rien n’arrivait par hasard… En cet instant, il ne
revoyait que trop clairement les évènements du soir où Voldemort avait disparu…
où ses parents avaient été assassinés… D’abord son père qui avait été touché
par le sort en voulant protéger sa femme et son fils… Puis sa mère qui avait
suppliée Voldemort de prendre sa vie à la place de la sienne… Tous deux ne
souhaitaient que la vie des êtres qui leurs étaient chers, même au péril de
leur propre vie…
Le souhait de James
de voir comment il devait mourir, avait permis à Harry de prendre conscience de
quelque chose, de plus profond que ce qu’il pensait avoir compris.
“Tes parents ont
donnés leur vie pour toi” Une fois de plus, un don spontané et
désintéressé…
Se sentant enfin
prêt à faire ce qu’il était venu faire, il rouvrit les yeux et jeta un nouveau
regard autour de lui. La pièce était toujours aussi silencieuse. Inspirant une
nouvelle fois, il reporta son attention sur la jeune fille dont le teint était
bien plus pâle que de coutume. Il devait au moins essayer, pour elle. Depuis
qu’il était arrivé à cette époque, Lily l’avait toujours aidé et écouté… il se
devait donc de l’aider en retour…
Sur cette
conclusion, il prit la main gauche de la jeune fille dans l’une des siennes et
posa sa main libre sur le front de la Préfète-en-Chef, avant de fermer à
nouveau les yeux.
« Je ne sais
pas si ça marchera et quelles en seront les conséquences le cas échéant mais je
dois le faire. » murmura-t-il, en se concentrant à nouveau.
Faire le vide en lui,
libérer son esprit de toute contrainte, laisser parler son cœur alors qu’il
recourrait au même sortilège qu’il avait testé, quelques jours plus tôt, avec
James. Il était tellement concentré pour intérioriser ses sentiments qu’il ne
prit même pas conscience de l’échauffement progressif de sa médaille contre sa
peau. Peu à peu des images sans sens premiers se formèrent dans son esprit.
Après un instant qui
lui sembla avoir duré une éternité mais qui n’avait, en fait, probablement pas
du représenter plus de quelques minutes de son temps, il rompit le contact
qu’il avait établit avec la jeune fille et rouvrit les yeux. Il se sentait
fébrile, pas vraiment dans son état normal, alors qu’il s’écartait légèrement.
Ce qu’il ressentait en cet instant, lui rappelait vaguement ce qu’il avait
éprouvé lors de ses premières confrontations avec des Détraqueurs… C’était
quasiment la même chose, à quelques détails près. Il soupira, et s’assit sur un
lit vide, le souffle un peu plus précipité que de coutume et sortit de l’une de
ses poches le Chocogrenouille que Dumbledore lui avait donné un peu plus tôt.
Ayant récupéré une bonne partie de ses
facultés, bien qu’il soit encore fatigué, il jeta un regard aux deux
adolescents qui se trouvaient à quelques pas de lui. James dormait toujours et,
quant à Lily… il ne restait plus qu’à attendre… Il ne savait pas si le sort
avait marché ou pas mais il ne pouvait rien faire de plus. Sur cette pensée, il
quitta silencieusement la pièce.
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