Lorsque les Maraudeurs deviennent

plus qu’un simple mythe

 

Chapitre 33 : Deuil et sombre période.

 

         La surface du lac reflétait l’astre nocturne qui n’était, en ce soir, qu’un maigre croissant. Depuis le ciel à peine voilé par quelques volutes nuageuses, la lune offrait son éclat pâle qui lui était propre, sa lueur tamisée auréolant l’obscurité environnante d’une atmosphère d’autant plus irréelle que rien ne troublait la surface plane, presque métallique, du lac. Aucun souffle de vent n’en effleurait la surface. Aucun frémissement du rivage herbeux ou des arbres de la forêt dont la lisière s’étendait un peu plus loin. La nature elle-même semblait avoir adopté un silence presque mortel. Un rire glacial brisa soudain ce calme trompeur. Une haute et sombre silhouette se dressait près du lac, dominant une autre forme prostrée sur le sol, face à lui, et qui bougea légèrement, non sans une plainte étouffée.

 

         « Alors, Potter que penses-tu de ceci ? »

 

         L’adolescent trembla et murmura quelque chose.

 

         «- Qu’as-tu dit, Potter ? Je n’ai pas entendu, se moqua l’homme qui lui faisait face.

 

          - Vous l’avez tuée… » souffla, d’une voix tremblante de colère, son interlocuteur, les poings serrés.

 

         Le mage noir éclata de rire, ce rire glacial qui ferait frémir n’importe qui.

 

         « La souffrance, Potter… la souffrance… ceux qui me tiennent tête son voués à souffrir… ! »

 

         L’adolescent ne répondit pas mais, lentement, se releva, les jambes tremblantes, serrant les poings si fort que ses jointures en étaient blanches et que de minces filets de sang s’écoulaient de ses paumes. Mais il ne semblait pas s’en soucier tant sa douleur était grande, tout comme il ne semblait pas se rendre compte des coupures et brûlures qui recouvraient ses bras et son visage. Son visage était figé dans une expression proche de la haine alors qu’une colère froide s’immisçait en lui, ses yeux bleus brillants d’une rage qu’il contenait à peine. La douleur, physique, à laquelle Voldemort venait de le soumettre, par le Sortilège Doloris, n’était rien à côté de la souffrance morale qui lui brisait le cœur en cet instant. Un autre sang que le sien avait coulé auparavant… un sang innocent… Une vie innocente avait été anéantie…

 

         « Oui, Potter, je sais que tu as mal, reprit froidement le mage noir en esquissant un sourire mauvais. Je sens cette souffrance qui te dévore petit à petit… Je perçois ta colère… »

 

         Sans signe avant-coureur, son adversaire se jeta sur lui, dans un geste insensé qui prit l’adulte au dépourvu mais qui n’eut aucun mal à le repousser violemment d’un simple mouvement de baguette. L’adolescent heurta violemment le sol, ne pouvant réprimer un cri de douleur. Sonné par le choc, il se retrouva menacé par la baguette du Seigneur des Ténèbres dont les yeux écarlates brûlaient d’une lueur mauvaise.

 

         « Jeune présomptueux… je vais t’apprendre ce qu’il en coûte d’agir si sottement… Avada Kedavra »

 

* * * * *

 

         « JAMES ! NON ! »

 

         Lily se réveilla en sursaut, le souffle court et les yeux écarquillés d’effroi. Assise dans son lit, s’efforçant à respirer profondément et calmer son cœur qui battait la chamade dans sa poitrine, elle se passa la main, dans un geste machinal, sur la figure puis dans les cheveux, rejetant ainsi en arrière les mèches auburn qui avaient glissées devant ses yeux.

 

         Ce cauchemar lui avait semblé si réel… mais étais-se vraiment un cauchemar ?

 

         « Ne sois pas idiote… James doit être dans son lit et non pas en danger de mort face à Voldemort. » songea-t-elle.

 

         Pourtant, quelque chose, au fond d’elle, lui disait que quelque chose n’allait pas et elle ne pouvait se départir du malaise grandissant que son mauvais rêve avait créé en elle. Elle devait en avoir le cœur net.

 

         Elle quitta vivement son lit, attrapant sa robe de chambre au passage et quitta rapidement le dortoir silencieux, non sans un regard à sa montre : 23h30. Troublée, elle dévala l’escalier, déboula dans la Salle Commune déserte et se précipita dans l’escalier en colimaçon menant aux dortoirs des garçons, l’appréhension lui nouant la gorge et ignorant le froid des marches sous ses pieds nus.

 

         « Oh mon Dieu, faites qu’il soit dans son dortoir…, faites qu’il ne lui soit rien arrivé. » murmura-t-elle.

 

         Atteignant enfin la porte du repaire des Maraudeurs (que les filles avaient surnommé “l’antre des fauves”), elle ne prit pas même le temps de frapper et ouvrit la porte à la volée. Le battant claqua durement contre le mur mais elle ne s’en soucia guère alors qu’elle se figeait sur le seuil de la pièce, effarée… Les lits étaient vides… Le dortoir était inoccupé… James, Harry, Remus, Sirius et Peter n’étaient pas là où ils auraient dû être…

 

         « Non… ! Non, je dois rêver, c’est impossible… »

 

         La panique la gagnait à présent, alors qu’elle parcourrait, distraitement, du regard la pièce pénombrée, se retenant au chambranle de la porte.

 

         Sans réfléchir, elle tourna les talons et regagna en hâte son dortoir, ouvrant, une fois de plus, la porte à la volée, réveillant ainsi ses camarades de chambre. Mais, en cet instant, elle ne s’en souciait guère.

 

         «- Lily ? s’étonna la voix ensommeillée d’Amy alors que cette dernière émergeait de son lit. Mais qu’est-ce qui se passe ?

 

          - Il faut que je retrouve James, rétorqua Lily en attrapant à la hâte des vêtements pour se changer. Le dortoir des garçons est vide. »

 

         Amy fronça les sourcils.

 

         « Pourquoi t’affoles-tu comme ça ? s’étonna-t-elle. Les connaissant, ils doivent sûrement préparer une nouvelle blague contre les Serpentard… c’est tout… »

 

         Lily se figea à cette supposition alors qu’elle finissait de mettre ses chaussettes. Dans son angoisse, elle n’avait même pas envisagé qu’ils puissent être encore partis dans l’une de ces escapades nocturnes qui étaient, pourtant, l’une des occupations favorites des Maraudeurs. Mais le souvenir de son cauchemar s’imposa à nouveau à elle et elle recommença à s’habiller fébrilement, alors qu’Elsa, encore à moitié endormie, rejoignait Amy tout en demandant ce qui se passait.

 

         « Je ne sais pas comment expliquer ça mais je sens que les garçons ont encore faits quelque chose de risqué et qu’ils sont dehors… » concéda Lily.

 

         “Et en danger” songea-t-elle, sans oser le préciser à voix haute.

 

         Ses deux amies échangèrent un regard puis Amy pouffa en voyant les efforts de son amie qui se démenait pour mettre son pull et s’avança pour mettre le vêtement dans le bon sens de façon à ce que la Préfète-en-Chef puisse l’enfiler sans encombre.

 

         «- Merci, murmura cette dernière tout en attrapant ses chaussures et en les mettant.

 

 - Même si je suis sûre que tu t’inquiètes pour rien, je t’accompagne. » déclara Amy, en rejoignant, à son tour, son lit pour se changer, rapidement imitée par Elsa.

 

         Cinq minutes, à peine, plus tard, les trois filles gagnèrent la Salle Commune… pour découvrir que la pièce n’était pas si déserte que ça, alors qu’elle traversait la salle pour rejoindre le portrait de la Grosse Dame.

 

         « Un ronflement… » murmura Elsa.

 

         Interloquées, les filles ne tardèrent pas à découvrir l’origine du bruit… qui n’était autre que Peter qui, vautré dans un fauteuil, près de la cheminée, dormait profondément. Elles échangèrent un regard entendu et, d’un commun accord, secouèrent sans ménagement le Maraudeur qui se réveilla en sursaut.

 

         «- Hein ? Quoi ? Qu’est-ce qui… ? s’affola-t-il en se mettant aussitôt debout et jetant des regards anxieux autour de lui.

 

          - Eh, relaxe, Peter, ce n’est que nous. » intervint Amy.

 

         Le Maraudeur se calma aussitôt en découvrant les trois filles et il soupira, comme s’il avait craint autre chose.

 

         «- Les filles ? Mais qu’est-ce que vous faites là ? Vous…

 

          - Peter…, où sont les autres ? » le coupa Lily.

 

         Le Maraudeur la fixa étrangement.

 

         «- Ils ne sont pas encore rentrés ? Quelle heure est-il ?

 

          - Il ne doit pas être loin de minuit, répliqua Elsa.

 

          - Où sont-ils partis ? » insista Lily.

 

         Peter la fixa d’un air incertain puis haussa les épaules.

 

         « Menteur…, tu sais très bien où ils sont. » rétorqua Lily, visiblement contrariée.

 

         Amy interrompit son amie en posant une main sur son bras.

 

         « Peter, les garçons avaient prévus de faire une blague dans le dortoir des Serpentard, ou quelque chose comme ça ? » demanda-t-elle, calmement.

 

         Peter, dont les yeux passaient, nerveusement, de l’une à l’autres des trois filles, secoua négativement la tête. Lily déglutit péniblement, inquiète.

 

         « Où…où sont-ils alors ? retenta-t-elle, l’estomac curieusement nouée et la gorge sèche. Je t’en prie, Peter, je suis sûre que tu sais où ils sont, alors dis-le nous, s’il te plaît. »

 

         Le maraudeur la fixa un moment puis, incapable de soutenir le regard suppliant de la jeune fille, baissa la tête et s’agita nerveusement.

 

         « Ils voulaient voir quelque chose dans la forêt…, mais ils ne devraient plus tarder à… »

 

         Lily n’attendit pas la fin de sa phrase. Plus inquiète que jamais, elle se rua vers la sortie, suivie de près par ses deux amies qui, le premier moment de surprise passé, abandonnèrent là le Maraudeur.

 

         «- Lils, mais qu’est-ce qui te prend ? s’inquiéta Amy en la rattrapant dans le couloir. Je suis sûre qu’il n’y a aucune raison de s’en faire.

 

          - Il faut que j’en aie le cœur net…, je dois m’assurer qu’il n’a rien…

 

          - Lils, je suis certaine que ni James, ni aucun des garçons, n’a de problèmes et qu’ils vont bien… Je suis prête à parier qu’ils sont sur le chemin du retour et…

 

          - Je… j’ai fait un cauchemar… Mais il semblait tellement réel…, avoua Lily en continuant à courir dans le couloir sans se soucier du fait qu’elle pourrait se faire attraper par Rusard ou quelqu’un d’autre. Et… »

 

         Elle entreprit de leur résumer ce qu’elle avait vu, alors qu’elles gagnaient le hall d’entrée. Lily ne s’arrêta, essoufflée, que lorsqu’elle atteignit le rivage du lac qui, par chance, était désert.

 

         Elle soupira, soulagée. Aucune trace de Voldemort ni d’aucune autre présence, quelle qu’elle soit. Pourtant, quelque chose continuait à la tracasser, alors qu’elle s’approchait du lac, suivie par ses deux amies.

 

         « James, bon sang, où es-tu ? » songea-t-elle, tandis qu’elles s’approchaient de la lisière de la Forêt Interdite qui se dressait, sombre et menaçante, un peu plus loin.

 

         Elle tressaillit en s’entendant appeler et ressentit un immense soulagement lorsque, en compagnie de ses amies, elle se tourna dans cette direction pour apercevoir deux silhouettes familières émerger du couvert des arbres. James et Harry…

 

         Elle voulu s’avancer dans leur direction et tout explosa brutalement autour d’elle.

 

* * * * *

 

         Harry et James furent violemment projetés l’un contre l’autre par le souffle de l’explosion et heurtèrent durement le sol. Enfin, du moins, James avait été projeté contre Harry, alors que celui-ci se redressait, la douleur infligée par sa cicatrice ayant perdu en intensité aussi brutalement qu’elle était arrivée.

 

         Quoiqu’il en soit, Harry, sonné par le choc et le souffle coupé par sa chute et le fait que James lui était tombé dessus, mis un peu de temps à comprendre ce qui se passait. Mais le Maraudeur, lui, se releva aussitôt, livide.

 

         « LILY ! NON ! cria-t-il, sans prêter la moindre attention à Harry qui, retrouvant ses esprits, se précipita aussitôt à sa suite. Pas ça. Pas ça. Tout mais pas ça. » souffla-t-il, en se ruant vers la sombre fumée qui s’élevait du lieu de l’explosion, à l’endroit exact où se tenaient, quelques secondes auparavant, les trois filles.

 

         Par la mise en garde apportée non seulement par sa cicatrice mais aussi par sa médaille qui s’échauffait contre sa peau, Harry gardait parfaitement à l’esprit que James courrait probablement, sans réfléchir, dans un piège on ne peut plus stupide.

 

         « JAMES, N’Y VAS PAS ! » s’époumonna-t-il en tentant de le retenir avant qu’il n’aille trop loin, une seconde avant de réaliser quelque chose.

 

         Lily l’avait pourtant mis en garde sur le fait que le Maraudeur devenait plus qu’imprévisible dans ce genre de situation… et, la médaille, à supposer que James avait la sienne en cet instant, que tous deux portaient pouvait donc avoir des effets plus qu’inattendus, surtout dans ce genre de cas… Il ne prit vraiment conscience de ça, que lorsqu’il referma sa main sur l’un des poignets de James, une fraction de seconde avant qu’une violente brûlure au torse, à l’endroit même où reposait sa médaille, ne l’oblige à le relâcher.

 

         “L’effet amplificateur” songea Harry, avant de se retrouver brutalement projeté au sol, lui faisant momentanément voir trente-six chandelles. Mais, probablement grâce à l’action “protectrice” de sa médaille, Harry se ressaisit et se releva…, pour se ruer à nouveau à la suite de James. Il devait l’arrêter, au plus vite.

 

         « James, arrêtes-toi, bon sang ! C’est un piège ! » hurla-t-il.

 

         Le Maraudeur tressaillit, montrant qu’il avait entendu son avertissement, mais l’ignora délibérément.

 

         Sans réfléchir plus longtemps, alors que James s’approchait dangereusement des lieux de l’explosion, Il prit sa forme d’Animagus. Il s’élança aussitôt à la poursuite de James, droit vers la sombre fumée qui s’élevait du lieu de l’attaque, à l’endroit exact où se tenaient les filles auparavant. Recourant aux sens aiguisés du félin, Harry percevait l’odeur, âcre, de brûlé et un léger crépitement, mais aucune d’une quelconque présence ennemie, du moins pas de prime abord, trop accaparé pour arrêter James. Il savait ce qu’il avait à faire mais ce n’était pas sans risque et il n’aurait pas le droit à l’erreur, alors qu’il gagnait rapidement du terrain sur le Maraudeur.

 

         Estimant en être assez près, il bondit dans et atterrit lestement, griffes rétractées (il n’avait pas l’intention de le blesser tout de même), sur James qui fut projeté au sol sous le poids du félin qui, vivement, referma ses crocs scintillants sous l’éclat de la lune sur la chaînette dorée que l’adolescent portait au cou et tira d’un coup sec. L’objet céda et Harry pu, sans risque, rester sur James qui, plaqué au sol, se débattait pour se libérer.

 

         « LÂCHES-MOI, HARRY ! LÂCHES-MOI ! »

 

         Une douleur cuisante traversa soudain le front de l’animal qu’il était devenu, faisant tressaillir Harry. Un sort jaillit presque aussitôt de nulle part, manquant de peu les deux adolescents. James, voyant cela, s’était figé.

 

         <C’était tout juste.> marmonna Harry, avant de reprendre sa forme humaine dans un claquement, se retrouvant ainsi assis sur un James qui, passé le premier moment de stupeur, recommença à se débattre.

 

         Harry ne faisant, bien sûr, pas le poids pour rivaliser avec James, capitula, mais n’eut guère le temps de tenter de retenir James alors que celui-ci, la colère déformant ses traits, se relevait vivement et s’écartait de lui.

 

         « JAMES, NON ! TU VAS Y LAISSER TA PEAU SI TU Y VAS… ! » s’époumona Harry, en se ruant à sa suite, baguette à la main et en glissant, sans un regard, dans l’une de ses poches, la chaîne d’or brisée.

 

         Sans sa médaille, le Maraudeur était plus en danger que jamais, Harry en était parfaitement conscient et, bien qu’il comprenne la raison du comportement de l’adolescent, Harry ne pouvait s’empêcher de trouver ses réactions stupides. James avait peur pour la vie de sa petite-amie, mais de là à se jeter aveuglement dans un piège vulgaire, c’était on ne peut plus insensé.

 

         Harry n’hésita cependant pas sur ce qu’il devait faire…, il lui faudrait protéger James et le tirer, une fois de plus, de la galère dans laquelle il allait immanquablement se plonger. Chemin faisant, Harry réalisa que, à la lisière de la forêt, une lutte acharnée s’était engagée.

 

* * * * *

 

         Une détonation assourdissante avait troublé le silence pesant qui régnait dans la forêt. Sirius et Remus pâlirent, échangeant un regard, alors qu’ils se figeaient brutalement.

 

         « Oh non. » souffla le lycanthrope, mû par un horrible pressentiment.

 

         Il sentait au fond de lui que le sang avait coulé… Qui que ce soit, quelqu’un était mort…

 

         D’un commun accord, les deux garçons, baguette à la main, repartirent en courant de plus belle, parcourant ainsi au plus vite la distance qui les séparait encore de la lisière de la forêt qu’ils atteignirent quelques longues minutes plus tard.

 

         « On y est… ! » s’écria Sirius.

 

         Tous deux appréhendaient ce qu’ils allaient découvrir mais Sirius, qui était en tête, heurta violemment quelqu’un et se retrouva au sol sous le choc, sa baguette lui échappant dans sa chute. Remus se figea aussitôt, en découvrant l’individu qui s’était, aussitôt retourné vers eux. Une silhouette vêtue de noir et masquée qui pointa sa baguette vers Patmol qui écarquilla les yeux, stupéfait.

 

         « Oh, que vois-je… ? se moqua l’homme en esquissant un sourire sarcastique sous son masque. Un élève qui au lieu d’être au lit comme tout le monde, traîne dans la forêt et met son nez où il ne faut pas. »

 

         Remus recula d’un pas et se tapit derrière un arbre proche. Le Mangemort ne l’avait pas remarqué. C’était peut-être leur chance de le prendre par surprise et avoir ainsi une unique possibilité de le neutraliser… avant qu’il ne neutralise Sirius.

 

         Une autre silhouette sombre émergea alors, à son tour, de l’ombre mais resta impassible en découvrant l’adolescent qui assit par terre, une baguette pointée vers lui, fixait avec une neutralité déconcertante les deux hommes. Remus se tendit, les sens en alerte, il connaissait cette voix… Il l’avait déjà entendu quelque part… Tout en ce deuxième partisan de Voldemort lui était familier… Celui-ci prit la parole, attirant l’attention du Lycanthrope.

 

         « Il doit être accompagné…, commenta-t-il en levant les yeux pour scruter les alentours. Je connais bien son groupe… Si celui-ci est là, les autres ne doivent pas être loin. »

 

         Remus retint son souffle, serrant instinctivement un peu plus les doigts sur sa baguette, plus attentif que jamais à ce qui se passait autour de lui. Il était au moins sûr d’une chose : il n’y avait que deux Mangemorts dans les parages…, dont l’un qui devait, obligatoirement, être la taupe… Une légère brise parcouru la forêt, lui apportant une désagréable odeur de brûlé provenant du parc… probablement le lieu de l’explosion… Il frémit imperceptiblement, réfléchissant intensément à l’action la plus appropriée.

 

         Il était plutôt doué en Défense Contre les Forces du Mal, bien qu’il soit loin d’égalé Harry en la matière, mais de là à tenir tête à deux Mangemorts dont l’un qui tenait Sirius en joue…, il n’était pas vraiment sûr de ce qu’il convenait de faire dans ce cas, d’autant plus que la situation n’était pas très favorable. Sirius était menacé par une baguette magique, James et Harry étaient il ne savait où, Peter dans le château et lui, il était planté, seul, derrière un arbre, à se demander ce qu’il convenait de faire.

 

         Entendant un léger craquement et un bruissement de vêtements, Remus retint, une fois de plus, son souffle. L’un des deux hommes en noir s’avançait dans sa direction. Il pouvait presque percevoir la respiration de l’individu qui, lentement, s’approchait de l’endroit où il se trouvait. Un pas… puis un autre… puis encore un autre. Le lycanthrope n’esquissait pas le moindre geste, aussi infime soit-il.

 

         « Laisse tomber, intervint alors la voix de l’autre Mangemort. Nous avons d’autres choses à faire que de soucier de savoir si ce gosse est accompagné ou pas… Il faut que nous nous occupions de Potter et… »

 

         Un bruit sourd puis une chute…

 

         « Ah, sale gosse, tu vas regretter ça… » grogna le premier Mangemort.

 

         L’autre homme se détourna et s’éloigna, sûrement pour prêter main forte à son camarade. Remus, soulagé par cette diversion inespérée, se risqua à jeter un œil à ce qu’il se passait et ne pu réprimer un sourire en voyant le Mangemort qui, jusque là, surveillait Sirius, se relever en se frottant la jambe, alors que Sirius, bien que soumis à la baguette que l’autre homme en noir pointait à présent sur lui, affichait un sourire satisfait. Visiblement, Patmol avait crocheté l’une des jambes de son précédent surveillant, le faisant ainsi mordre la poussière.

 

         « Black, si j’étais toi je cesserai de faire le malin. » le menaça l’autre homme.

 

         Remus inspira aussi silencieusement que possible. C’était l’occasion ou jamais d’agir. Sirius s’était mis dans une mauvaise position… et il allait devoir l’en sortir…

 

         « Stupéfix ! » souffla-t-il en surgissant de sa cachette.

 

         Le Mangemort qui avait faillit le trouver et qui lui tournait le dos, évita de peu le sortilège qui toucha de plein fouet une troisième silhouette en noir qui surgit de nulle part, à la plus grande stupeur de Remus. Il n’avait même pas perçu sa présence. Il était pourtant certain qu’ils n’étaient que deux dans les parages. Sirius, profitant de l’occasion bondit comme un diable de sa boîte et récupéra sa baguette, avant de neutraliser l’homme qu’il avait fait tomber auparavant, alors que deux autres mages noirs surgissaient sur les lieux, à la plus grande inquiétude de Remus. Encore d’autres… La situation n’était vraiment plus en leur faveur.

 

         « Ne laissez pas s’enfuir ces morveux ! » intima alors, rageusement, la taupe (ou du moins celui que Remus supposait être le traître de l’école) qui n’avait, visiblement, pas apprécié le fait qu’il avait échappé de peu au sort.

 

* * * * *

 

         La poussière noire et opaque soulevée par l’explosion réduisit considérablement sa vision alors que James s’engouffrait, dans la fumée dense. Il ne pu, cependant, réprimer une quinte de toux lorsque l’air saturé s’immisça dans ses poumons. Seulement préoccupé par le sort de Lily, il ne pensait même pas au risque de la présence d’un éventuel Mangemort ou, pire, de Voldemort. Il se figea un moment, déboussolé, et sursauta lorsqu’une main se posa sur son épaule. James se retourna vivement et fut partagé entre soulagement et contrariété en apercevant Harry à ses côtés.

 

         « La…voie semble…libre, parvint à articuler Harry en toussant lui aussi. Mais… ne crie pas… ça…ne servirai… qu’à nous…faire repérer.

 

         L’odeur de l’herbe brûlée était plus intense que jamais, les prenant à la gorge, tandis que les deux adolescents s’avançaient, les sens en alertes, incapables de parler alors qu’ils s’enfonçaient vers l’épicentre du sortilège.

 

         «- Si…s’il est… arrivé…quelque chose…à… Lily…, je…, commença James d’une voix enrouée et entrecoupée de quintes de toux.

 

          - James… arrêtes de…parler, ça… » répliqua, sur le même ton, Harry.

 

* * * * *

 

         La poussière plus que la fumée irritait leur gorge et leurs yeux alors qu’ils avançaient lentement. L’air était pesant, étouffant et chaud.

 

         La douleur continuait à lui barrer le front, mais de façon bien plus supportable. Lancinante mais tolérable, comme un simple rappel de prudence, alors que Harry suivait de près la silhouette incertaine de James dans l’obscurité environnante, marchant dans l’herbe roussie.

 

         « Lumos. » murmura-t-il finalement au bout d’un moment, ne supportant plus d’avancer en aveugle, dans ce nuage dense et noir parsemée par endroits de la petite lueur orangée apportée par l’herbe incandescente.

 

         Le faible faisceau lumineux émit par sa baguette qu’il leva au-dessus de lui sembla transpercer les ténèbres environnantes. James, l’air anxieux, l’imita presque aussitôt. Harry, quand à lui, s’efforçait à conserver une certaine impassibilité…, d’autant plus qu’il sentait, au fond de lui, que Lily était encore vivante, peut-être gravement blessée mais encore en vie.

 

* * * * *

 

         Au bout d’un moment qui leur paru avoir duré une éternité mais qui n’avait probablement pas dû durer plus de quelques longues minutes, ils finirent par distinguer ce qu’ils cherchaient. Son cœur bondit violemment dans sa poitrine puis sembla s’arrêter tout aussi brutalement, lorsque James distingua des formes immobiles sur le sol, à quelque pas de là. Il eut l’impression que son sang se glaçait dans ses veines, alors qu’il se précipitait dans cette direction.

 

         « LILY »

 

         James se rua dans cette direction, suivit de près par Harry, et se laissa choir à genoux près de la jeune fille, ignorant les quintes de toux qui lui déchiraient à présent la poitrine tandis qu’il cherchait frénétiquement le pouls de sa petite-amie. Un immense soulagement l’envahit en le percevant, faible mais présent.

 

         « JAMES ! ATTENTION ! hurla soudain Harry, le ramenant à la réalité. DES MANGEMORTS ! ILS… »

 

         Le Maraudeur releva aussitôt les yeux et eut juste le temps d’éviter un sort lancé dans sa direction et aperçu deux hautes silhouettes noires jaillirent de l’obscurité environnantes, menaçantes. Il ne sût pas vraiment ce qui se passait mais, sans laisser le temps à Harry d’intervenir, dans un geste où se mêlait colère et haine envers ceux qui avaient tentés de s’en prendre à celle qu’il aimait, il se leva d’un bond et récita des mots qui lui parurent n’avoir aucun sens, sa baguette pointée vers les deux sorciers.

 

         Il y eut un éclair étincelant puis plus rien. Mais les Mangemorts avaient disparus… James vacilla sur ses jambes mais tint le coup, sous le regard indéchiffrable de Harry. Mais, à cet instant là, James s’en souciait peu, trop préoccupé par le corps étendu sur le sol.

 

         « Elle est vivante, Harry…, mais il faut la sortir de là. » lança-t-il entre deux toux.

 

         Harry revint à sa hauteur et acquiesça.

 

         Occupes-toi d’elle, je me charge d’Amy et Elsa. » assura-t-il, en repartant vers les deux autres victimes.

 

         James se rappela alors la présence des deux autres filles mais, en cet instant, seule Lily comptait. Il s’accroupit à nouveau, rangeant sa baguette dans sa poche, près du corps inconscient, meurtri et ensanglanté de sa camarade qu’il prit précautionneusement dans ses bras avant de partir, non sans un regard à Harry qui s’était penché sur l’un des autres corps.

 

* * * * *

 

         Sirius et Remus étaient désarmés et à la merci de deux Mangemorts, dont la taupe, Remus ayant réussi à stupéfixer un autre des partisans de Voldemort avant qu’un autre ne lui enlève sa baguette. Brusquement, sans aucun signe avant-coureur, les deux hommes se détournèrent des deux adolescents et disparurent rapidement du champ de vision des deux garçons médusés qui se tenaient à la lisière de la forêt.

 

         « Qu’est-ce que… ? »

 

         Tous deux échangèrent un regard.

 

         « JAMES ! » s’écrièrent-ils, alors qu’ils devinaient la raison de ce départ précipité et que leur regard se posait sur la fumée noire qui s’élevait dans le ciel nocturne un peu plus loin.

 

         Ayant récupérés leur baguette, tous deux se ruèrent dans cette direction.

 

         « Patmol, vas prévenir Dumbledore, vite ! intima Remus, chemin faisant. Tu seras bien plus rapide que moi, dans ta forme d’Animagus, ajouta-t-il rapidement en voyant que son ami allait répliquer. Fais-le pour James ! »

 

         A regret, Sirius finit par céder à ce dernier argument et, prenant sa forme animale, se précipita vers le château, alors que Remus prenait le chemin du lac, perdu dans ses réflexions.

 

         Il était impossible de transplaner à Poudlard, en cela il en était fermement convaincu. Mais alors, comment les Mangemorts pouvaient-ils se déplacer aussi rapidement et surgir, ainsi, de nulle part ?

 

* * * * *

 

         James émergea avec soulagement de l’épaisse fumée noire. Incapable d’aller plus loin, il déposa prudemment sa petite-amie dans l’herbe et se laissa choir à ses côtés, toussant de plus belle, dans l’air frais du soir.

 

         «- Oh, Lily, souffla-t-il d’une voix rendue rauque par la fumée qui lui avait irrité la gorge et en passant la main dans les cheveux auburn de la jeune fille qui cilla lentement, plus pâle que jamais.

 

          - James ? murmura-t-elle, visiblement surprise. James, tu…

 

          - Chut, ne dit rien. Ca va aller. Ca va aller. Ne dit rien ! la coupa doucement James, bouleversé, ignorant les larmes qui roulaient sur ses joues. On va te sortir de là. Accroche-toi, s’il te plaît, ajouta-t-il en serrant l’une des mains de la jeune fille dans les siennes. Tiens le coup. Je vais te ramener au château, mais il faut que tu tienne jusque là.

 

          - Tu… Je croyais que…

 

          - Lily, ne dis rien, l’interrompit à nouveau l’adolescent en rencontrant le regard vert émeraude et éteint de la jeune fille. Ménages-toi.

 

          - James… » insista-t-elle cependant, dans un murmure à peine audible.

 

         Elle n’eut pas le temps d’en dire plus car sa tête partit sur le côté et James sentit sa main “mollir” entre les siennes à l’effroi du Maraudeur qui, sous le choc, se figea un instant avant de réaliser ce que cela signifiait.

 

         « Lily, non ! Je t’en supplie ! Tu ne peux pas me faire ça ! LILY ! » s’écria James, vainement, attirant le corps inconscient contre lui, ignorant le sang qui s’écoulait des multiples blessures de la jeune fille, engendrées par l’explosion dont elle avait été la cible et venait salir ses vêtements.

 

         Un rire glacial et de mauvaise augure le détourna brutalement de ses sombres réflexions et une haine sans pareille envahit son esprit.

 

         « Pathétique… »

 

         Cette voix froide et teintée d’amusement lui fit lever ses yeux rougis et brillants de larmes. Malgré son regard embué par des pleurs qu’il n’avait même pas cherché à contenir, James découvrit la sombre silhouette qui se tenait devant lui, baguette à la main, un rictus méprisant déformant sa bouche sans lèvres, ses yeux écarlates aux pupilles félines brillants d’une lueur indéfinissable. Il était seul face à Voldemort… l’assassin de son père… et l’abject individu qui était à l’origine de la mort de sa mère et qui, à présent, lui avait enlevé Lily.

 

         Tremblant de colère, le Maraudeur déposa précautionneusement la jeune fille inerte sur le sol et se leva lentement, son regard soutenant, sans ciller, celui, sanguinaire, du Seigneur des Ténèbres.

 

         James s’avança, sortant sa baguette, vers le mage noir qui esquissa un sourire amusé.

 

         « Je vous ferais payer ce que vous avez fait… » siffla l’adolescent entre ses dents serrées, chacune de ses paroles étant entrecoupées par des quintes de toux.

 

         Voldemort éclata de rire.

 

         « Jeune fou, saches que tu ne peux rien contre moi. La preuve, ajouta-t-il, en pointant sa baguette vers le Maraudeur. Endoloris. » lança-t-il nonchalamment.

 

         James fut projeté au sol et ne pu réprimer un cri de douleur face à la souffrance affligée par le sortilège mais qui cessa peu après. L’adolescent fut, cependant, incapable de se relever et resta au sol, le souffle court, tremblant de colère et de l’affliction encore présente dans sa chair. Voldemort éclata, une fois encore, de rire.

 

         « Alors, Potter que penses-tu de ceci ? »

 

         L’adolescent trembla et murmura quelque chose.

 

         «- Qu’as-tu dit, Potter ? Je n’ai pas entendu, se moqua l’homme qui lui faisait face.

 

          - Vous l’avez tué… » souffla, d’une voix tremblante de colère, son interlocuteur, les poings serrés.

 

         Le mage noir éclata de rire, ce rire glacial qui ferait frémir n’importe qui.

 

         « La souffrance, Potter… la souffrance… ceux qui me tiennent tête son voués à souffrir… ! »

 

         L’adolescent ne répondit pas mais, lentement, se releva, les jambes tremblantes, serrant les poings si fort que ses jointures en étaient blanches et que de minces filets de sang s’écoulaient de ses paumes. Mais il ne semblait pas s’en soucier tant sa douleur était grande, tout comme il ne semblait pas se rendre compte des coupures qui recouvraient ses bras et son visage. Son visage était figé dans une expression proche de la haine alors qu’une colère froid s’immisçait en lui, ses yeux bleus brillants d’une rage qu’il contenait à peine. La douleur, physique, à laquelle Voldemort venait de le soumettre, par le Sortilège Doloris, n’était rien à côté de la souffrance morale qui lui brisait le cœur en cet instant. Un autre sang que le sien avait coulé auparavant… un sang innocent… Une vie innocente avait été anéantie…

 

         « Oui, Potter, je sais que tu as mal, reprit froidement le mage noir en esquissant un sourire mauvais. Je sens cette souffrance qui te dévore petit à petit… Je perçois ta colère… »

 

         Sans signe avant-coureur, son adversaire se jeta sur lui, dans un geste insensé qui prit l’adulte au dépourvu mais qui n’eut aucun mal à le repousser violemment d’un simple mouvement de baguette. L’adolescent heurta violemment le sol, ne pouvant réprimer un cri de douleur. Sonné par le choc, il se retrouva menacé par la baguette du Seigneur des Ténèbres dont les yeux écarlates brûlaient d’une lueur mauvaise.

 

         « Jeune présomptueux… je vais t’apprendre ce qu’il en coûte d’agir si sottement… Avada Kedavra. »

 

         Le faisceau vert dévia brutalement, sous le regard dénué d’expression de James.

 

         « Laisse-le tranquille, Voldie… ! »

 

         James tressaillit à cette voix familière mais dure et entrecoupée par une toux rauque et dépourvue de toute intonation, alors que Harry s’interposait, baguette à la main. L’expression du mage noir changea imperceptiblement, n’appréciant guère cette intervention ni le manque de respect évident dont Harry faisait preuve à son égard.

 

         «- Oh mais que voilà un jeune imprudent qui ose me tenir tête de la sorte ? commenta, froidement, Voldemort.

 

          - Pour vous servir ! » ironisa Harry en faisant mine de s’incliner face au mage noir.

 

         James, le premier moment de surprise passé, ne pu s’empêcher d’être déconcerté par la façon dont Harry alternait les “vous” et les “tu” lorsqu’il s’adressait à Voldemort.

 

         « Alors, que nous vaut la visite du graaaaaaaaaand Tom Elvis Jedusor ? » demanda Harry, moqueur.

 

         Une lueur mauvaise enflamma les yeux écarlates du Seigneur des Ténèbres. Celui-ci voulut dire quelque chose mais se ravisa soudain. Sa silhouette frémie perceptiblement, à la surprise des deux adolescents.

 

         « Nous nous reverrons ! siffla-t-il. Ce n’est que partie remise… »

 

         Sur ce, il disparu, sous le regard abasourdi des garçons qui ne tardèrent, cependant pas à comprendre la raison de ce départ précipité en s’entendant appelés pour voir venir dans leur direction, un Sirius effaré, accompagné par un Dumbledore habillé à la hâte.

 

* * * * *

 

         Harry ne pu s’empêcher d’esquisser un bref sourire à la vue du directeur débraillé et les cheveux et la barbe retenus par des élastiques. Si Voldemort l’avait vu en cet instant, il ne se serait probablement pas enfuit. Mais le simple fait d’avoir perçu l’arrivée imminente de Dumbledore avait suffit à faire battre en retraite le Seigneur des Ténèbres, du moins, c’est ce que supposait Harry. Celui-ci se tourna brièvement vers Remus qui, l’air sombre, se tenait près des trois filles et Harry n’avait aucun mal à en comprendre la raison.

 

         Il repensa à ce qui s’était passé un peu plus tôt.

 

<flash-back>

 

         Alors qu’il s’intéressait au cas d’Amy, il avait vaguement vu James partir. La jeune fille était inconsciente, mais vivante. Néanmoins, Elsa n’avait pas eu cette chance… Harry n’eut guère besoin de chercher son pouls pour savoir qu’elle n’avait pas survécue à l’attaque. Après tout, son parrain lui avait clairement laissé sous-entendre, dans sa lettre, qu’elle devait mourir cette année… L’adolescent soupira douloureusement, songeant aux répercussions inévitable que son décès auraient sur les autres…

 

         <<Tu ne devrais pas t’attarder ici.>>

 

         Harry tressaillit à peine, perdu dans ses réflexions. Il voulu répliquer mais se ravisa en se rappelant qu’il devait éviter de laisser seul James dans ces conditions. Reportant son attention sur les corps qui gisaient sans connaissance sur le sol, Harry reprit sa baguette.

 

         « Mobilicorpus » murmura-t-il, d’un léger mouvement de baguette.

 

         Entraînant, ainsi, les deux corps inertes, il se hâta de quitter les lieux, la gorge douloureuse et les poumons en feu, sa cicatrice recommençant à faire des siennes.

 

         Il se retrouva rapidement à l’air libre, heurtant au passage Remus qui arrivait à ce moment-là.

 

         « Harry, s’exclama aussitôt le lycanthrope, visiblement soulagé. Tu… »

 

         Mais Harry ne prêta guère attention à ce qu’il disait, découvrant, au même instant, la situation dans laquelle se trouvait James.

 

         « Remus, reste auprès des filles ! intima-t-il en se ressaisissant aussitôt et en interrompant le sort auquel il avait soumis Elsa et Amy jusque là. Je vais aider James. »

 

         Sans lui laisser le temps de répliquer et non sans un bref coup d’œil à Lily qui, à son plus grand soulagement, respirait encore, imperceptiblement , il repartit en direction de l’endroit où se trouvait James.

 

<fin du flash-back>

 

         Jetant un bref regard à James, il fut surpris par sa pâleur.

 

         « Ca va ? » s’inquiéta-t-il.

 

         Le Maraudeur acquiesça d’un bref signe de tête et voulu faire un pas dans sa direction mais ses jambes cédèrent, incapables de le supporter plus longtemps.

 

* * * * *

 

         L’infirmerie, bien qu’inhabituellement peuplée, était étrangement silencieuse. Madame Pomfresh, habillée à la hâte elle aussi, était au chevet d’Amy sous le regard inquiet de Dumbledore et une McGonagall en robe de chambre écossaise qui avait, visiblement dû être réveillée en catastrophe. Harry, assis sur un lit, l’air sombre, jeta un bref regard au lit voisin où se trouvait James. Celui-ci était toujours inconscient, ayant tourné de l’œil un peu plus tôt…, à priori, tous ces évènements avaient été plus qu’il ne pouvait en supporter. Face au choc évident des deux autres Maraudeurs, l’infirmière s’était hâtée de leur administrer une potion de sommeil, afin de les faire tenir tranquille, avant de s’occuper des autres élèves. En fait, seul Harry y avait échappé, grâce à l’intervention de Dumbledore qui, supposa-t-il, voulait probablement lui demander ce qui s’était passé.

 

         Madame Pomfresh s’était contentée de prendre un air contrarié mais avait fini par céder au directeur, trop accaparée par le sort des filles. Rapidement, l’infirmière avait confirmée ce que Harry savait déjà, concernant l’état d’Elsa.

 

         Harry ferma momentanément les yeux et soupira douloureusement avant de reporter son attention vers le directeur qui, l’air soucieux, attendait le verdict de l’infirmière. Celle-ci, préoccupée, ne tarda pas à s’écarter du lit d’Amy et s’avança vers les deux adultes.

 

         « Alors ? » s’enquit, à voix basse, le directeur.

 

         Madame Pomfresh soupira.

 

         « Concernant Messieurs Lupin, Black, ils vont bien en dehors de quelques blessures sans gravité. Pour Potter et Calaway, j’ai pu soigner les brûlures et égratignures superficielles qu’ils avaient mais je dois encore leur administrer une potion, par rapport à la fumée, en quantité importante, qu’ils ont inspirés, et Potter est toujours inconscient. Je devrais les garder quelques jours en observation à l’infirmerie, également par rapport au choc émotionnel… Quand aux filles, j’ai le regret de vous annoncer que je n’ai rien pu faire pour Miss Dawson qui a visiblement été tuée sur le coup. Miss O’Connor est encore sans connaissance mais devrait bien s’en tirer, bien que ses brûlures nécessiteront quelques soins supplémentaires. Il semblerait qu’elle ait été la moins touchée par l’explosion. Quant à Miss Evans, je ne peux pas encore me prononcer sur son état mais les jours à venir seront déterminants… »

 

         Harry qui avait suivit la conversation vit le directeur et la directrice-adjointe s’assombrirent durant le rapport, pas des plus optimistes, de l’infirmière. L’adolescent baissa tristement la tête, mal à l’aise, alors que le silence retombait dans la pièce. Finalement, Dumbledore soupira, l’air las, et reprit la parole.

 

         « Minerva, pourriez-vous avoir l’amabilité d’aller me chercher Mr Pettigrow ? demanda-t-il, finalement. Je me chargerai personnellement d’avertir les familles. Néanmoins, je souhaiterais que cette affaire ne s’ébruite pas et il faudrait aussi que je vois au plus vite vos collègues… »

 

         L’enseignante acquiesça et tourna les talons avant de quitter la pièce, sans un mot, étrangement tendue. Harry ne pu réprimer une nouvelle quinte de toux, rappelant ainsi sa présence à l’infirmière.

 

         « Je m’occupe de vous tout de suite, Mr Calaway. » déclara-t-elle en se hâtant vers son bureau.

 

         Elle en revint peu après, un gobelet remplit d’une potion verdâtre à la main. Harry grimaça.

 

         « Ne faites pas la fine bouche, riposta d’un air contrarié l’infirmière avant de lui tendre le récipient. Buvez-ça ! »

 

         Face à la mauvaise humeur évidente de la sorcière, Harry obtempéra et avala d’une traite la potion, réprimant une grimace au goût amer du liquide qui lui brûla aussitôt la gorge, le faisant tousser de plus belle.

 

         « Ce n’est pas très agréable mais ça dégagera vos voies respiratoires qui ont été particulièrement irritées. Mais évitez de parler durant quelques temps, Mr Calaway… » ajouta-t-elle tout en jetant un regard lourd en sous-entendu au directeur qui s’était approché.

 

         L’adolescent esquissa un bref signe de tête positif.

 

         « Le directeur ne pense pas qu’il soit nécessaire de vous administrer une potion de Sommeil, commenta-t-elle sur un ton désapprobateur mais essayez quand même de vous reposer. »

 

         Harry acquiesça à nouveau mais resta assis sur le bord du lit, mais l’infirmière sembla juger préférable de ne pas insister et déposa un flacon et un autre verre sur la table de chevet près de son lit et tourna les talons en soupirant, passant sans un mot devant le directeur et gagna le lit de James.

 

         Le vieil homme resta silencieux, les bras dans le dos, l’air songeur, observant, tout comme Harry, les gestes de Madame Pomfresh qui posa la main sur le front du Maraudeur dont elle s’occupait. Elle secoua distraitement la tête et déposa trois bouteilles de différentes taille près des lunettes du garçon qui avaient été déposées près du lit. Cela fait, l’infirmière gagna un autre lit, où se trouvait Remus.

 

         « Je sens qu’on va avoir une classe quasiment vide durant quelques temps. »

 

         Harry tressaillit au ton amer du directeur et se retourna vers le vieux sorcier, rencontrant brièvement le regard bleu et préoccupé du vieil homme.

 

         « Sept élèves de septième année de Gryffondor alités à l’infirmerie en quelques heures… » soupira Dumbledore.

 

         Harry baissa les yeux, embarrassé, ne sachant pas quoi dire et troublé par la déception qui transparaissait dans sa voix. Finalement, le directeur soupira et posa une de ses mains sur l’épaule de l’adolescent qui frémit imperceptiblement et leva un regard interrogateur vers l’adulte qui l’observait avec gravité.

 

         «- Repose-toi, d’accord ? Je pense que quelques explications s’imposent, mais pas tout de suite…

 

          - Oui, professeur ! répondit, d’une voix cassée, Harry avant d’être prit par une autre quinte de toux, s’attirant, du même coup, un regard désapprobateur de Madame Pomfresh qui avait aussitôt levé les yeux dans sa direction.

 

          - Je crois que je ferai mieux d’y aller, reprit le directeur. Avant d’abuser de la patience de Pompom. »

 

         Harry garda le silence mais suivit des yeux le vieux sorcier jusqu’à ce que celui-ci quitte la pièce. Là, l’adolescent soupira, ce qui le fit à nouveau tousser. Les jours à venir risquaient de ne pas être une partie de plaisir.

 

* * * * *

 

         Quelques heures s’étaient écoulées. Mais, allongé dans son lit, Harry ne dormait pas, observant distraitement les ombres changeantes qui se formaient sur les murs proches, trop de choses se bousculant dans son esprit. Madame Pomfresh, après être restée un long moment auprès de Lily, avait quitté l’infirmerie, non sans un dernier rappel à l’adolescent sur le fait qu’il devait se reposer. Perdu dans ses réflexions, Harry mit un peu à réaliser qu’il triturait machinalement quelque chose qui traînait au fond de l’une de ses poches, et qui n’était autre que la chaînette brisée de James. Il l’avait complètement oublié mais il allait bien falloir qu’il la lui rende. Mais autant la réparer au préalable…

 

         « Reparo. » murmura-t-il, tout en rapprochant les deux extrémités de la breloque au niveau de la cassure.

 

         La chaînette d’or se reconstitua dans un claquement étouffé et Harry la souleva à hauteur de ses yeux, la médaille venant scintiller légèrement en captant la pâle lueur de la lune qui s’infiltrait par une des fenêtres de la pièce. Satisfait, il glissa à nouveau l’objet dans sa poche, bien décidé à la rendre à son propriétaire dès qu’il en aurait l’occasion. Reportant machinalement son attention vers le lit voisin, il observa le Maraudeur bougeait légèrement. Il n’allait, visiblement pas tarder à se réveiller, et sa première préoccupation serait inévitablement pour sa petite-amie. Du moins, c’est que supposait Harry.

 

         D’ailleurs… Harry, s’étant assuré que la voie était libre et que Madame Pomfresh n’était pas à son bureau qui semblait plongé dans le noir (aucun rai de lumière n’apparaissant sous la porte menant à la pièce adjacente), quitta son lit et s’avança précautionneusement jusqu’au lit où se trouvait la jeune fille. Lily était d’une pâleur presque morbide qui déconcerta un peu Harry qui l’observa un moment. Au moins, ceux qui étaient sensés devenir ses parents étaient toujours vivants, pour l’instant. C’était peut-être un peu égoïste de penser ça mais, pour le moment, c’était tout ce qui l’importait…

 

         Finalement, Harry soupira, le faisant à nouveau tousser mais bien mois sèchement qu’auparavant, et se détourna pour regagner son lit où, malgré lui, il succomba à la fatigue, plongeant dans un sommeil agité, ne revoyant que trop bien les évènements de la soirée dans ses cauchemars.

 

         Il se réveilla d’un bond, le cœur battant la chamade, le souffle court, une légère douleur lui déchirant le front, comme un pâle écho des souffrances précédentes qu’elle lui avait infligées. Sa gorge recommençait à lui faire mal et sa respiration était un peu plus sifflante que jusqu’à présent, mais il n’eut pas le temps de s’attarder sur ce point car, au même instant, James se redressait en sursaut dans son lit, s’étranglant à moitié dans une toux plus qu’inquiétante.

 

         Sans aucune hésitation, Harry quitta lestement son lit et se précipita auprès du Maraudeur, l’attrapant par les épaules.

 

         « Calme-toi, n’essaye pas de parler ! » l’avertit Harry, sans pouvoir réprimer une autre quinte de toux qui lui enflamma à nouveau la gorge.

 

         Les yeux bleus foncés écarquillés par l’angoisse rencontrèrent les siens mais James n’étant pas en état de résister, il renonça rapidement à se débattre contre Harry et se laissa retomber contre son oreiller, le souffle rauque, esquissant une grimace douloureuse.

 

         Madame Pomfresh lui ayant expliqué, avant qu’elle ne parte de l’infirmerie, ce qu’il avait à faire au cas où une telle situation se produirait, Harry tendit au Maraudeur un gobelet remplit de la potion verdâtre que l’infirmière avait préparée à cette intention.

 

         « Il faut que tu boives ça… » expliqua, inutilement, Harry.

 

         Le Maraudeur le fixa d’un air incertain et surpris mais absorba docilement le breuvage, avant de tendre la main vers la table de chevet pour prendre, comme le devina rapidement Harry, ses lunettes. Interrompant son geste, L’adolescent attrapa les lunettes et les glissa sur le nez du Maraudeur.

 

         « Merci… » souffla le concerné, lui arrachant une nouvelle quinte de toux.

 

         Il y eut un moment de silence.

 

         «- Qu’est-ce…qu’est-ce qui c’est…passé ? demanda James, sans se départir de son air soucieux.

 

          - Tu…as perdu connaissance…après le départ de…Voldemort, expliqua Harry qui resta quelque peu étonné par le fait qu’il puisse parler un peu plus librement.

 

          - Et…Lily… ?

 

          - Elle est vivante, répondit Harry en souriant légèrement face au soulagement évident qui marqua les traits du Maraudeur. Elle… est toujours sans connaissance…mais elle est en vie… »

 

         James se détendit légèrement mais il dû penser brutalement à quelque chose car il rejeta violemment ses couvertures et quitta son lit, mais ses jambes cédèrent sous son poids et Harry, grâce à ses réflexes d’Attrapeur, se hâta de le soutenir.

 

         «- Merci.

 

          - Mais où…comptais-tu aller comme…ça ? demanda Harry, en l’aidant à se tenir d’aplomb.

 

          - Il faut…que je la voie, rétorqua le Maraudeur, prit d’une nouvelle quinte de toux. Je dois la voir… »

 

         Harry hésita mais considéra le fait que James ne se tiendrait pas tranquille tant qu’il ne se serait pas assurer, de lui-même, du sort de sa petite-amie.

 

         « D’accord, concéda-t-il. Mais il faut que tu prennes ça avant. » déclara Harry, en toussant une fois de plus, tout en désignant un autre verre que Madame Pomfresh avait préparée pour le Maraudeur.

 

         Si l’infirmière avait crû bon de lui faire prendre une potion fortifiante, ce n’était pas innocent et était confirmé par le fait que James n’était pas vraiment capable de tenir debout de lui-même. Harry supposa que le choc émotionnel que le Maraudeur avait subi durant la soirée, combiné au sort qu’il avait réalisé sous le coup de colère et sans médaille, avait eu raison des capacités physiques de l’adolescent. James haussa un sourcil et voulu dire quelque chose mais Harry lui fit signe de se taire d’un mouvement de tête avant de désigner à nouveau le gobelet qu’il était sensé prendre. Tous deux se défièrent du regard mais James finit par céder face à l’expression implacable de son “fils” et, levant les yeux au ciel, prit ladite boisson.

 

         Une fois cela fait, Harry l’autorisa à faire ce qu’il voulait et le soutint jusqu’au lit de Lily. Là, le Maraudeur s’assit sur le bord du lit, passant une main dans les cheveux auburn de la jeune fille, l’autre serrant doucement l’une de ses mains tout en fixant le visage de la jeune fille avec une expression que Harry aurait été bien incapable de définir avec précision. Celui-ci, se tenant un peu à l’écart, finit par noter l’éclat un peu plus brillant que de coutume qui animait les yeux sombres de James mais garda le silence alors que celui-ci se penchait vers la jeune fille pour l’embrasser sur le front, lui caressant à présent la joue du pouce, avant de la serrer contre lui, dans un geste qui prit un peu Harry au dépourvu, d’autant plus lorsqu’il aperçu la tension évidente de James qui s’efforçait visiblement à rester impassible.

 

         Harry se garda donc bien d’intervenir et se contenta d’observer distraitement le Maraudeur qui ne semblait même pas se soucier de sa présence. Mais ce fut une quinte de toux on ne peut plus involontaire de Harry qui ramena James à la réalité du moment. Comme à regret, le Maraudeur relâcha la jeune fille toujours aussi inconsciente, déposa un nouveau baiser sur son front et continua à l’observer, serrant toujours sa main dans la sienne.

 

         « On ferait mieux de…regagner nos lits. » suggéra, calmement, Harry, en s’approchant.

 

         James acquiesça silencieusement, sans détourner le regard de la jeune fille et se leva lentement. Les deux garçons repartirent, sans un mot, vers leur lit respectif. Harry attendit que son futur père ait regagné son lit pour lui tendre sa médaille, à la surprise de ce dernier qui le fixa d’un air interrogateur.

 

         «- Désolé d’avoir dû… te l’enlever de force, s’excusa Harry en grimaçant.

 

          - Merci, répondit simplement James en remettant l’objet autour de son cou. Potion de sommeil…je suppose ? continua-t-il en désignant le troisième récipient disposé sur sa table de chevet, en toussant de plus belle.

 

         Harry esquissa un maigre sourire et approuva d’un signe de tête. James leva les yeux au ciel, avant de jeter un bref regard vers le lit de Harry.

 

         « Pourquoi tu n’en as pas, toi ? » s’étonna-t-il.

 

         Harry haussa les épaules.

 

         « C’est pas…juste. » grommela le Maraudeur avant d’enlever ses lunettes et prendre, quand même, ladite potion.

 

         Harry, quand à lui, parvint à se rendormir bien plus facilement qu’il l’aurait crû.

 

* * * * *

 

         Harry fut brutalement réveillé par un cri outré de Madame Pomfresh.

 

         « MONSIEUR POTTER ! REGAGNEZ VOTRE LIT ET IMMEDIATEMENT ! »

 

         Harry ne pu réprimer un sourire en devinant la raison de son indignation en apercevant James au chevet de Lily, comme il en avait prit l’habitude ces derniers jours.

 

         Cela faisait déjà trois jours que les adolescents étaient enfermés à l’infirmerie et si, les jours précédents, Harry avait eu la surprise de découvrir que James passait ses nuits auprès de la jeune fille et qu’il avait, ainsi, le temps de le forcer à regagner son lit avant l’arrivée de l’infirmière à six heures exactement. Visiblement, ce jour-là, La sorcière était arrivée plus tôt que de coutume pour découvrir les activités nocturnes du Maraudeur. Celui-ci voulu protester mais ne pu, bien évidemment rien dire, Madame Pomfresh ayant soumis Harry et James à un sort de mutisme pour les empêcher de parler, au plus grand dam des deux garçons qui n’avaient pas tardés à trouver un autre moyen de communication.

 

         Mais Harry, alors qu’il observait un James déconfit regagner son lit, comprenait parfaitement la raison pour laquelle le Maraudeur s’obstinait à veiller Lily. Plus d’une fois durant ces trois jours, elle avait offert quelques frayeurs à l’infirmière, et à James et Harry par la même occasion, qui avait eu bien du mal à la garder en vie. Mais, depuis, la veille, en fin d’après-midi, l’état de la Préfète-en-Chef semblait s’être définitivement stabilisé. Harry devinait donc sans mal la peur de perdre la jeune fille qui incitait James à outrepasser les ordres de Pomfresh, au détriment de sa propre santé.

 

         Quand aux autres, Remus et Sirius se portaient comme des charmes et avaient déjà été convoqués, deux jours plus tôt, dans le bureau directorial pour raconter “leur version des faits”. Amy, quant à elle, avait reprit connaissance la veille, dans la matinée, mais Madame Pomfresh avait refusée qu’elle quitte l’infirmerie et l’avait, elle aussi, soumise au sort de mutisme. Ne souhaitant pas lui annoncer immédiatement la mort de sa camarade et pour la ménager, L’infirmière avait, d’ailleurs, soumis également Sirius et Remus au même sort. (“Pour ne pas faire de jaloux”, avait-elle prétextée.), précaution inutile étant donné qu’Amy l’avait deviné d’elle-même et accusait, visiblement, le coup, tout comme Remus. Sirius, lui, prenait plus allègrement part aux “conversations” auxquelles s’étaient livrés, pendant ce temps, James et Harry. En effet, ceux-ci transformaient, sans baguette (Pomfresh ayant confisquées les leurs durant leur convalescence), les gobelets vides en plume et parchemins et s’envoyaient ainsi des mots, à l’insu de l’infirmière qui ne sembla pas avoir remarqué que lesdits récipients (qu’ils rendaient à leur forme originelle après les avoir employés) étaient recouverts d’écritures en tout genre. Et bien que les sujets tournaient invariablement autour de l’état de santé de Lily, Harry préférait ça au silence pesant qui régnait, par conséquent, à l’infirmerie.

 

* * * * *

 

         Une semaine s’étant écoulée, Sirius, Remus, Amy puis Harry avaient été autorisés à quitter l’infirmerie dans laquelle ils étaient confinés (sans aucune visite de qui que ce soit). Néanmoins, Harry avait obtenu le droit de passer, comme bon lui souhaitait, à l’infirmerie, grâce à Dumbledore, alors que, l’infirmière ayant finalement céder à ses suppliques, James avait eu le droit de rester auprès de la jeune fille qui se trouvait dans un état, stationnaire, mais comateux d’où rien ne semblait pouvoir la faire sortir. En fait, James n’avait consenti à quitter le chevet de sa petite-amie que pour la cérémonie mortuaire organisée, au cimetière de Pré-au-Lard, pour Elsa et à laquelle tous les élèves (y compris ceux de Serpentard qui, bien que forcés, avaient été présents) de l’école ainsi que les proches de la jeune fille avaient assistée, trois jours plus tôt. Les rituels accompagnant l’enterrement eurent, comme ils se devaient un rôle déterminant pour le moral de tous, à commencer par Remus et Amy (qui avait trouvé, visiblement, tout le réconfort qu’elle avait besoin auprès de Sirius). Seul James restait étrangement affecté et déprimait, même, bien plus qu’auparavant.

 

         En ce mercredi soir, les entraînements de Quidditch ayant été annulés en l’absence du Capitaine de l’équipe, les Gryffondor avaient le champ libre. Harry, une fois les cours du jour terminés (Dumbledore n’avait, cependant, pas accepté qu’il n’assiste pas aux cours, tout comme pour Sirius, Remus et Amy), gagna donc l’infirmerie, ses devoirs et ceux pour James rangés dans son sac. Le directeur, sachant pertinemment que forcer le Maraudeur à suivre les cours alors qu’il ignorait le sort de Lily n’aiderait pas le garçon à calmer son inquiétude croissante. De plus, Madame Pomfresh tenait à garder encore un œil sur l’adolescent, n’étant visiblement pas totalement satisfaite de sa récupération.

 

         D’ailleurs, lorsque Harry frappa, ce jour-là, à la porte de l’infirmerie, il fut accueillit par une Madame Pomfresh particulièrement irritée.

 

         « Ah, c’est vous, Calaway ? »

 

         Harry eut un léger sourire tout en songeant qu’il avait bien fait de venir seul, et non pas accompagné de l’un ou l’autre de ses “camarades”. L’infirmière avait finie par apprécier l’adolescent qui se pliait docilement à ses injonctions (ce qui l’avait lui-même surpris, à vrai dire), de sorte que ce fut sûrement ça qui retint la sorcière de lui claquer la porte au nez.

 

         «- Quelque chose ne va pas, Madame Pomfresh ? s’inquiéta Harry en entrant dans la pièce.

 

          - Bien évidemment qu’il y a quelque chose qui ne va pas, s’emporta l’infirmière. A croire que Mr Potter fait tout pour me rendre folle… Non content de ne pas prendre les potions que je lui donne, monsieur semble décider à ne plus manger non plus. »

 

         Harry haussa un sourcils. C’était nouveau ça… Il suspectait James de faire semblant de boire certaines des préparations de Pomfresh et vidait, discrètement, les gobelets ensuite, dès qu’elle avait le dos tourné, mais de là à ne plus toucher à la nourriture…

 

         «- Comment va Lily ? demanda-t-il.

 

          - Toujours pareil, soupira l’infirmière. Son état s’est encore dégradé ce matin, mais, depuis, rien, le calme plat. »

 

         Harry acquiesça d’un bref signe de tête, devinant sans peine la raison de cette nouvelle lubie du Maraudeur. Tant que la santé de la jeune fille continuerai à se détériorer, il ne pouvait pas espérer pouvoir faire entendre raison à James.

 

         «- Je peux toujours essayer de lui en parler, proposa-t-il sur un ton guère convaincu.

 

          - Si vous parvenez à mettre un peu de plomb dans la cervelle de cette tête de mule, je vous en serez reconnaissante, Calaway. » soupira l’infirmière.

 

         Harry sourit faiblement à cette remarque alors que l’adulte repartait, en maugréant, à son bureau.

 

         Harry soupira. Il n’aimait pas la façon dont les choses évoluaient. Non seulement il n’avait aucune idée de ce qui devait se passer ou pas, mais en plus, il n’avait aucunes nouvelles de son époque et, pendant ce temps, ceux qui étaient sensés être ses parents se trouvaient dans une situation qui n’était guère des plus enviable. Entre Lily dans le coma et James qui se laissait dépérir, ce qu’il connaissait lui semblait un peu compromis. Il secoua la tête, chassant ces sombres pensées et inspira profondément avant de s’avancer dans la pièce, déposant, au passage, son sac sur le lit qu’était sensé occuper James. Il n’aimait pas venir en ces lieux, et encore moins dans ces conditions, mais ça avait néanmoins l’avantage de l’éloigner de Peter… Deux jours plus tôt, Harry n’était pas passé loin de régler son compte au petit rat, ce qu’il aurait probablement fait si Remus n’était pas arrivé sur ces entrefaites. Visiblement, le lycanthrope n’avait pas oublié la querelle qu’il avait surpris et faisait tout pour détendre l’atmosphère.

 

         « Et voilà, soupira Harry. Je recommence à y penser ! »

 

         Franchement, ses passages à l’infirmerie le faisaient, systématiquement, déprimer.

 

         Il se figea, cependant à quelques distances de James qui ne semblait pas avoir remarqué sa présence, trop occupé à garder obstinément les yeux fixés sur la jeune fille dont il ne lâchait, semble-t-il, jamais la main. Au bout d’un moment, Harry toussa discrètement, annonçant ainsi sa présence.

 

         James sursauta et détacha brièvement son regard de l’adolescente inconsciente et leva les yeux, rougis, vers le nouveau venu. L’espace de quelques secondes, Harry vit les traits du Maraudeur se détendre, puis reprendre la même expression soucieuse qu’il adoptait jusque là tandis qu’il reportait son attention sur Lily.

 

         Harry réprima un soupir contrarié, mais prit place de l’autre côté de la jeune fille, face à James qui n’y prêta guère attention. Un moment de silence s’instaura, pesant et troublé.

 

         «- Madame Pomfresh t’a sûrement informé… ? commenta, d’une voix éteinte et encore un peu plus rauque que la normale, James, à la surprise de Harry.

 

          - Oui… » avoua ce dernier.

 

         Le silence retomba et Harry soupira discrètement. Trop de choses se bousculaient dans sa tête en ce moment. Le fait qu’il mourrait d’envie d’étriper Pettigrow, le fait qu’il ignorait si cette attaque était vraiment sensée avoir lieu ou pas (après tout, Elsa aurait très bien pu être tuée d’une autre façon), le mystère qui continuait à entourer l’identité, non seulement de la taupe, mais aussi de la voix… En fait, Harry se demandait bien ce qui l’énervait le plus entre ces deux-là. Il avait l’impression que la taupe le narguait, qu’un détail manquait pour la démasquer…, mais, avec la voix, c’était tout autre chose. Elle prenait un malin plaisir à intervenir comme bon lui semblait, à le manipuler et, surtout, à l’agacer… Harry en venait même à se demander si la voix et la taupe n’étaient pas liées, d’une certaine manière… Il soupira, se passant machinalement la main dans les cheveux dans un geste irrité. En plus, le sentiment d’impuissance qu’il éprouvait n’était pas pour arranger les choses, loin de là.

 

         « Madame Pomfresh va finir par se vexée face à ton obstination à rejeter tout ce qu’elle t’apporte… » observa-t-il, mine de rien.

 

         James leva des yeux dénués de toute expression vers lui mais garda le silence.

 

         « Ce n’est pas en refusant de manger que tu y changeras quelque chose, tu sais ? » insista Harry face à son mutisme.

 

         Une lueur de mauvaise augure  passa dans les yeux sombres.

 

         « Je ne vois pas pourquoi je devrais me rétablir et pas elle… »

 

         Harry s’efforça à rester impassible à cette remarque, se retrouvant plus que jamais partagé entre l’envie de le secouer un bon coup pour lui remettre les idées en place et l’inquiétude que ce qu’il connaissait puisse ne jamais se produire.

 

         Le silence retomba entre eux, encore plus tendu qu’auparavant.

 

         « Harry…, ce n’est pas possible… »

 

         Surpris, Harry reporta son attention vers James qui, serrant toujours la main de sa petite-amie dans les siennes, le fixait à présent avec gravité.

 

         « Il doit bien y avoir un moyen de la sauver… Si tu es là, c’est qu’elle s’en est tirée… »

 

         Harry soupira et se prit la tête entre les mains. Il avait beaucoup réfléchi à ça ces derniers temps.

 

         « Ce n’est pas évident, commenta-t-il. Jusque là, on a toujours supposé que c’était prévu que je sois ici et que, du fait que votre futur soit ainsi déjà écrit, ce qui se passe ici est, par conséquent, couru d’avance. Mais si on se basait sur une autre théorie, tout à fait différente ? Ca fait un moment que j’y pense… Supposons que ce qui se passe ici change le cours du temps… Dans ce cas, chacune des actions que nous faisons mais aussi chacune de mes interventions à cette époque changent le futur tel que je le connais. Je ne sais pas si Lily devait faire partie des victimes de l’attaque ou pas…, je ne sais vraiment pas ! » ajouta-t-il, contrarié.

 

         Harry ferma les yeux et soupira, exaspéré.

 

         « Si seulement je pouvais savoir, avec exactitude ce qui c’est passé à votre époque, s’écria-t-il, en relevant les yeux vers James. Je pourrai agir en conséquence… Je pourrai faire en sorte que tout se passe exactement comme ce qui s’est passé pour en arriver à votre futur que je connais, à défaut de pouvoir le changer… Mais je ne sais pas…, je ne sais RIEN ! »

 

         Irrité, Harry enfouit à nouveau son visage entre ses mains.

 

         « Et du fait que Dumbledore ait soumis les élèves à un sortilège d’amnésie à mon départ, je ne peux même pas compter sur l’aide de ceux de mon époque… » marmonna-t-il, plus pour lui-même qu’autre chose.

 

* * * * *

 

         James l’observa, décontenancé.

 

         « Harry… »

 

         L’intéressé ne réagit pas. James hésita puis lâcha momentanément la main de la jeune fille avant de se lever et se glisser près de Harry. Celui-ci tressaillit lorsqu’il posa une main sur son épaule.

 

         « Harry, insista James aussi calmement que possible. Tu n’as pas à t’en vouloir si tu ne sais rien de ton propre passé, ce n’est pas ta faute… Je ne suis pas un expert dans cette histoire de voyage temporel et de causalité mais je suis sûr que ce qui se passe, en ce moment, se produit car c’est déjà arrivé dans ton propre passé… Ce qui veut dire que Lily doit s’en sortir. »

 

* * * * *

 

         Harry leva, lentement, la tête, rencontrant le regard qui, se voulait confiant, du Maraudeur. En cet instant, Harry aurait voulu y croire, partager sa confiance, mais il ne savait plus ni ce en quoi il devait croire ni en qui…

 

         «- Mais, si ça se trouve, elle ne devait pas subir cette attaque…

 

          - Avec des si on pourrait mettre Londres en bouteille, le coupa philosophiquement James en relâchant l’épaule de son camarade.

 

          - Comment peux-tu être, tout d’un coup, aussi calme alors que… ? commença Harry avant de penser à quelque chose. James… tu as ta médaille ?

 

          - Bien sûr, répliqua le concerné quelque peu surpris par cette question et en dégageant la breloque de sous son T-shirt. Pourquoi ?

 

          - J’ai, peut-être, une idée mais… ce n’est qu’une hypothèse et rien de dit que ça marchera…

 

          - Tu crois qu’on pourrait la tirer de là ? s’exclama James, les yeux s’animant soudain à cette perspective.

 

          - Peut-être, répéta Harry pensif.

 

          - Et…comment ?

 

          - Et bien…, nous n’avons pas d’interactivité, toi et moi, on est d’accord ?

 

          - Euh, oui… »

 

         James ne semblait, visiblement, pas voir où il voulait en venir.

 

         «- Donc nos sorts sont plus puissants, reprit Harry, déstabilisant encore plus James.

 

          - Et…

 

          - Et bien, je me demande si… Mais je ne promet rien ! ajouta-t-il précipitamment. Je ne peux pas promettre que ça marchera…

 

          - On n’a rien à perdre à essayer. » rétorqua James.

 

         Harry acquiesça discrètement, jouant distraitement avec sa propre médaille.

 

         « Je n’y ai jamais recouru mais…, reprit Harry. Quoi qu’il en soit, ayant dû souvent faire face à Voldemort, je me suis retrouvé obligé d’apprendre, un peu à mes dépends, certains sorts pour protéger mes amis. Et c’est ainsi que j’ai étudié, par hasard, un sort qui, peut-être, pourrait favoriser la récupération de Lily… Mais ce n’est pas un sort facile et je n’ai jamais eu l’occasion de le mettre en pratique, ni la possibilité de le faire d’ailleurs. Mais je pense que, à nous deux, on pourrait le même en pratique… »

 

* * * * *

 

         Et c’est ainsi que, un quart d’heure plus tard, Harry ayant expliqué en détail le principe du sort qu’il comptait utiliser, les deux garçons tentaient de le mettre en pratique.

 

         « Prêts ? » demanda Harry, en levant les yeux vers James qui, face à lui, acquiesça avec gravité.

 

         Harry esquissa un bref signe de tête d’approbation et reporta brièvement son attention sur la jeune fille qui se tenait entre eux, dont chacun tenait l’une de ses mains. Il fallait que ça marche… Il inspira profondément.

 

         « Essaye de faire le vide en toi, de ne penser à rien. »

 

         James acquiesça discrètement et ferma les yeux, tout comme Harry. Ce sort qu’ils allaient utiliser ne nécessitait pas de formule magique, car seulement canalisé par l’esprit de la personne qui y recourrait. De la magie à l’état pure, sans l’aide, artificielle, procurée par une invocation… Non c’était un autre niveau de la pratique de l’Ancienne Magie. Harry n’avait jamais tenté un sort de cette importance, en dehors de celui qui le protégeait de l’Avada Kedavra (bien que, pour ce sort, il l’avait réalisé totalement par hasard) et ne savait pas si James serait capable de réaliser un tel sortilège.

 

         Lorsqu’il ouvrit les yeux à nouveau, il rencontra le regard interrogateur de James et haussa les épaules. Il se sentait soudain, las mais il sentait, au fond de lui, que ça n’avait pas marché. Sans savoir pourquoi, il été sûr que quelque chose manquait pour réussir ce sort.

 

* * * * *

 

         Deux jours s’étaient écoulés, sans aucune amélioration de l’état de Lily, ni dans celui de James d’ailleurs. La situation commençait à l’énerver particulièrement, d’autant plus qu’il n’avait toujours pas de nouvelle de son époque, de sorte que Harry, ayant chargé Sirius d’apporter ses devoirs à James (qui ne les faisait d’ailleurs pas), avait décidé de se changer les idées en allant voler un peu, au stade.

 

         En temps normal, cette heure de vol qu’il s’offrit aurait suffit à le calmer totalement mais, bien qu’il en sorte un peu plus serein qu’auparavant, il était loin de retrouver la sérénité que lui apportait habituellement le Quidditch. Lassé, Harry prit donc le chemin du château et de la sombre réalité.

 

         En cours de route, il eut cependant l’occasion de voir Dumbledore sortir de la cabane de Hagrid, échangeant quelques mots avec le garde-chasse, alors que Canine pourchassait un écureuil qui alla trouver refuge dans la forêt. De là où il était, Harry ne pouvait entendre ce que les deux adultes disaient mais, de toutes les manières, il ne se sentait pas le cœur d’espionner leur conversation. Il repartit donc comme si de rien n’était, jusqu’à ce qu’il s’entende appeler. Interloqué, il se retourna pour voir venir vers lui le directeur qui sourit à l’adolescent.

 

         «- La compagnie d’un humble vieillard, jusqu’au château, ne te dérange pas, j’espère ? demanda, négligemment le vieil homme, arrachant un léger sourire à Harry.

 

          - Vous n’êtes pas si vieux que ça, professeur. » répliqua l’adolescent.

 

         Le directeur esquissa également un sourire.

 

         «- Je suis, certes, moins âgé que l’Albus Dumbledore que tu connais mais, il n’en reste pas moins que je ne suis plus de toute première jeunesse, commenta-t-il alors qu’ils reprenaient leur route en direction du château. Mais je dois dire que s’il est vrai que j’ai eu, ainsi, l’occasion de voir bien des choses durant toutes ces années, je n’ai jamais eu l’occasion de voir un garçon aussi jeune que toi détenir de tels pouvoirs… »

 

         Harry leva les yeux vers le vieux sorcier qui le fixait avec amusement.

 

         « Je dois dire que j’ai été très impressionné par la façon dont tu as contré, naturellement, l’Avada Kedavra de Voldemort, il y a deux semaines. Je suppose que tu as dû y être régulièrement confronté, pour avoir, ainsi, réussi l’exploit de développer un contre-sort pour un maléfice de cet acabit… »

 

         Harry acquiesça d’un signe de tête et Dumbledore sourit légèrement.

 

         « Je pense pouvoir affirmer sans me tromper que tu es voué à un grand avenir, Harry. Tu es quelqu’un de bien et tu as tout pour devenir un grand nom de l’histoire de notre monde, crois-moi. »

 

         Harry garda le silence, ne sachant pas trop comment interpréter cette remarque.

 

         «- Le fait que Fumseck, le mien comme celui que tu connaissais chez toi, aie autant confiance en toi en est la preuve… D’ailleurs, à ce sujet, cela fait un moment que je n’ai plus eu de visite postale à ton nom…

 

          - Fumseck semble avoir décidé de venir me trouver personnellement, répondit Harry. Même si je n’ai plus eu de nouvelles depuis quelques temps.

 

          - Pas de nouvelles, bonnes nouvelles, répliqua évasivement le vieux sorcier tout en cherchant quelque chose dans l’une de ses poches. Une Chocogrenouille ? » proposa-t-il en lui tendant une confiserie.

 

         Harry sourit, amusé par l’intérêt du plus grand sorcier de l’époque pour les bonbons. Mais, bien que n’ayant pas trop le cœur à manger une sucrerie, l’adolescent accepta cependant, de bon cœur, celle que lui tendait le vieux sorcier qui entreprit d’ouvrir une autre Chocogrenouille pour lui et jeter un regard à la carte qui l’accompagnait.

 

         «- Tiens, curieuse coïncidence, commenta-t-il. Mais je l’ai déjà en quatre exemplaires, ajouta-t-il, avant de tendre la carte à Harry. Je suppose que, tout comme la plupart des jeunes gens de ton âge, tu dois aussi faire en la collection, conclut-il devant l’air surpris de l’adolescent.

 

          - Euh merci… »

 

         Dumbledore sourit légèrement.

 

         « Au fait, tant que j’y pense…, le professeur Krayak m’a informé ce matin que la potion qui est sensée te ramener chez toi est en bonne voie de fabrication… »

 

         Harry fronça les sourcils, levant les yeux vers le directeur alors qu’ils atteignaient les quelques marches menant à l’entrée du château. Avec les derniers évènements, il n’avait même plus pensé à ça…

 

         «- Pour…quand ? demanda-t-il d’une voix incertaine.

 

          - Au mieux, le mois prochain, répondit négligemment le vieux sorcier, tandis qu’ils entraient dans le hall. Bien, Harry, je te quitte ici…, je suppose que tu as d’autres activités qui t’attendent… »

 

         Sur ce, le directeur sourit à l’adolescent et gagna l’escalier de marbre, sous le regard interloqué de Harry qui resta immobile au beau milieu du hall. Finalement, Harry jeta un regard à la carte qu’il tenait à la main… Godric Gryffondor…

 

         « Oui, en effet, c’est une étrange coïncidence. » soupira l’adolescent, avant de glisser l’objet, et la Chocogrenouille que le directeur lui avait donné dans sa poche, et partir vers l’infirmerie.

 

         Chemin faisant, il entendit soudain des éclats de voix. Intrigué, il se tapit derrière l’une des armures qui étaient disséminées le long du couleur, alors que des bruits de pas se rapprochaient. Il ne mit pas longtemps à identifier la voix de l’un des arrivants et son sang ne fit qu’un tour dans ses veines, la colère le gagnant à nouveau… Pettigrow… Harry résista à la tentation de sortir sa baguette et lui régler son compte une bonne fois pour toute pour le fait qu’il ait laissé, ouvertement, sortir les filles (comme le lui avait confirmé Amy) le soir de l’attaque, et resta immobile, dans l’ombre de l’armure. Retenant sa respiration, il eut cependant la surprise de voir arriver dans son champ de vision Peter…, mais il était seul. Harry haussa un sourcil. Il parlait à quelqu’un mais il n’avait aucun interlocuteur, visible en tout cas…

 

         « Il est sur ses gardes, annonçait-il, à voix basse. Je pense qu’il se doute de quelque chose. »

 

         Une voix répondit au traître…, une autre voix qu’il ne tarda pas à identifier car étant celle de la taupe.

 

         « Evites-le autant que possible, dans ce cas… »

 

         Lorsque Pettigrow passa à sa hauteur, Harry remarqua qu’il fixait quelque chose placé au creux de l’une de ses mains… peut-être un équivalent sorcier des talkie-walkie moldus…, même si, à son époque, il n’en avait jamais entendu parler… mais peut-être que, à son époque, son utilisation en avait été interdite… C’était fort possible connaissant Fudge… D’ailleurs, Harry ne pu s’empêcher de se demander qui serait, ou était, le successeur de Alexander Rétin, et, probablement aussi, le prédécesseur de Fudge…

 

         Mais Harry réalisa à quel point la situation était risible. Plutôt que d’écouter ce que le traître disait, il s’interrogeait sur la politique actuelle du pays…. Se concentrant à nouveau, il tendit à nouveau l’oreille à ce que disait Peter mais, à cet instant…

 

         « EH, QUEUDVER ! »

 

         Harry réprima un juron, alors que, sursautant, Pettigrow refermait précipitamment sa main et la glissait dans l’une de ses poches (interrompant ainsi sa conversation) avant de se retourner, en esquissant un sourire un peu forcé, vers Sirius qui courrait vers lui. En cet instant, pour la première fois de sa vie, Harry n’était pas loin de maudire Sirius, ou du moins le don qu’il semblait avoir pour arriver aux moins bons moments.

 

         «- Qu’est-ce que tu fais là ? s’enquit Sirius en rejoignant l’autre Maraudeur.

 

          - Oh… je pourrais te poser la même question, Patmol, répliqua Peter d’un air gêné qui échappa pas à Sirius.

 

          - J’étais allé voir Jamsie..., répondit-il sur un ton des plus neutres.

 

          - Comment va-t-il ?

 

          - Comme d’habitude, soupira Sirius en haussant les épaules, alors qu’ils reprenaient leur marche. Aussi déprimé que la dernière fois… »

 

         Harry cessa d’écouter, la rage au cœur, mais il attendit d’être sûr que la voie était libre pour laisser éclater la colère qui le rongeait.

 

         << Ce n’est pas comme ça que tu résoudras tes problèmes.>>

 

         Harry tressaillit à peine, mais répliqua hargneusement.

 

         « Ferme-la, je n’ai pas besoin que tu me fasse la morale. »

 

         Pour toute réponse, la Voix éclata de rire.

 

         <<Fais attention, Harry… Comme quelqu’un a dit une fois, “ La colère est pareille à un cheval fougueux ; si on lui lâche la bride, son trop d'ardeur bientôt l’épuise.”>>

 

         Harry soupira d’un air exaspéré, et repartit dans le couloir avec mauvaise humeur.

 

         « Ca te va bien de dire ça… Mais garde tes maximes pour plus tard, je ne suis vraiment pas d’humeur, cingla-t-il. J’en ai plus qu’assez de ce petit jeu dans lequel tu sembles te complaire… J’en ai plus qu’assez vde tout ce mystère et qu’on me manipule de cette façon…, j’en ai plus qu’assez de n’être qu’un pion, pour vous tous ! »

 

         <<Calme-toi…>>

 

         « Que je me calme ? Facile à dire… Tu me demandes de me calmer alors que celui qui est sensé être mon père est complètement désespéré et se laisse dépérir ? Tu me demandes de me calmer alors que celle qui est sensées devenir ma mère est entre la vie et la mort ? Et tu veux que je me calme ? »

 

         <<Et tu crois que le fait de t’énerver va y changer quoi que ce soit ?>>

 

         Harry se laissa choir contre un mur, la tête entre les mains, dans le couloir désert.

 

         « Je ne sais pas… Je ne sais plus… » marmonna-t-il, sa fureur retombant brutalement.

 

         Il y eut un moment de silence, puis la voix soupira.

 

         <<Je ne peux pas te donner de réponse précise à ce qui te tracasse mais je peux, par contre, te rappeler quelque chose… Tes parents ont donnés leur vie pour toi… Par amour pour toi, ta mère s’est sacrifiée pour te préserver… Pense-y…>>

 

         « Mais… ? Comment… »

 

         <<N’oublie pas, Harry, j’en sais bien plus que tu ne le crois… Ecoute ton cœur et tu sauras quoi faire… La première intuition est souvent la bonne alors cesse de réfléchir et laisse-toi guider par ta conscience… >>

 

         Harry resta silencieux. Après tout, au fond de lui, il sentait que, peu importe ce qu’il dirait, il n’obtiendrait plus de réponse…du moins pour cette fois.

 

         « Ecouter mon cœur… » murmura-t-il, finalement.

 

         C’était l’un des fondements de la pratique de l’Ancienne Magie…

 

         Il resta un long moment immobile, perdu dans ses réflexions, au beau milieu du couloir. Finalement, il soupira et repartit, machinalement, vers le hall. Il avait besoin de calme, s’il voulait se remettre en question. Il devait faire table rase…, voilà ce qu’il aurai dû faire dès le début.

 

* * * * *

 

         L’infirmerie était on ne peut plus silence, à peine éclairée par la lueur déclinantes des torches fixées aux murs, lorsqu’il y pénétra en douce ce soir-là. Harry se glissa à travers les lits vides et gagna celui de Lily. Il sourit en constatant que James s’était assoupi, au chevet de la jeune fille, serrant toujours l’une des mains de sa petite-amie dans les siennes.

 

         Harry les observa un moment, songeur. Par expérience, il savait que jamais le Maraudeur ne se serait endormi de son propre chef sachant sa petite-amie entre la vie et la mort et Harry soupçonnait même Madame Pomfresh de lui avoir fait absorber, à son insu, une de ses spécialités. Harry reconnaissait bien là l’infirmière. Bien qu’elle ait tolérée la présence quasi-permanente de James auprès de Lily, elle n’était pas prête à le laisser accumuler nuit blanche sur nuit blanche.

 

         Harry se hâta de chasser ces réflexions de son esprit et se faufila de l’autre côté du lit de la jeune fille. Il inspira profondément, s’efforçant de calmer son cœur qui battait la chamade. Ce qu’il allait faire n’était pas sans risque, autant pour lui que pour Lily. Il avait besoin de toute sa concentration et était donc soulagé par le fait qu’il ne risquait pas d’être distrait, de quelque manière que ce soit.

 

         « Un don spontané et désintéressé. » murmura-t-il.

 

         Il comprenait, à présent, pourquoi sa précédente tentative n’avait pas marchée. Il avait voulu sauver celle qui deviendrait sa mère, mais, inconsciemment, ce n’avait pas été dépourvu d’intérêt… Après tout, si sa mère mourrait, là, il ne risquait donc, automatiquement, pas de voir le jour… C’était, en quelque sorte, un geste aux fondements égoïstes. Tout comme James qui, lui, n’avait dû voir en ce geste qu’un moyen de récupérer son seul repère.

 

Non, en fait, il devait considérer l’instant présent. Lily n’était qu’une jeune fille de dix-sept ans, en mauvaise posture, et qu’il devait aider. C’était de cette façon qu’il devait voir les choses. Et c’était ce qu’il avait réalisé après avoir passé une bonne partie de son temps à réfléchir, dans un coin désert de la Bibliothèque.

 

         Il inspira à nouveau et ferma les yeux, tout en s’efforçant à faire le vide en lui, à se débarrasser des préoccupations futiles et superflues. Ce que la Voix n’avait cessée de lui répéter… Ne pas se poser de questions…, ne pas réfléchir…, juste agir… Faire confiance en son instinct et à son cœur… Rien de plus.

 

         « Un don spontané et désintéressé… »

 

         Il réalisa alors que rien n’était anodin…, que rien n’arrivait par hasard… En cet instant, il ne revoyait que trop clairement les évènements du soir où Voldemort avait disparu… où ses parents avaient été assassinés… D’abord son père qui avait été touché par le sort en voulant protéger sa femme et son fils… Puis sa mère qui avait suppliée Voldemort de prendre sa vie à la place de la sienne… Tous deux ne souhaitaient que la vie des êtres qui leurs étaient chers, même au péril de leur propre vie…

 

         Le souhait de James de voir comment il devait mourir, avait permis à Harry de prendre conscience de quelque chose, de plus profond que ce qu’il pensait avoir compris.

 

         Tes parents ont donnés leur vie pour toi” Une fois de plus, un don spontané et désintéressé…

 

         Se sentant enfin prêt à faire ce qu’il était venu faire, il rouvrit les yeux et jeta un nouveau regard autour de lui. La pièce était toujours aussi silencieuse. Inspirant une nouvelle fois, il reporta son attention sur la jeune fille dont le teint était bien plus pâle que de coutume. Il devait au moins essayer, pour elle. Depuis qu’il était arrivé à cette époque, Lily l’avait toujours aidé et écouté… il se devait donc de l’aider en retour…

 

         Sur cette conclusion, il prit la main gauche de la jeune fille dans l’une des siennes et posa sa main libre sur le front de la Préfète-en-Chef, avant de fermer à nouveau les yeux.

 

         « Je ne sais pas si ça marchera et quelles en seront les conséquences le cas échéant mais je dois le faire. » murmura-t-il, en se concentrant à nouveau.

 

         Faire le vide en lui, libérer son esprit de toute contrainte, laisser parler son cœur alors qu’il recourrait au même sortilège qu’il avait testé, quelques jours plus tôt, avec James. Il était tellement concentré pour intérioriser ses sentiments qu’il ne prit même pas conscience de l’échauffement progressif de sa médaille contre sa peau. Peu à peu des images sans sens premiers se formèrent dans son esprit.

 

         Après un instant qui lui sembla avoir duré une éternité mais qui n’avait, en fait, probablement pas du représenter plus de quelques minutes de son temps, il rompit le contact qu’il avait établit avec la jeune fille et rouvrit les yeux. Il se sentait fébrile, pas vraiment dans son état normal, alors qu’il s’écartait légèrement. Ce qu’il ressentait en cet instant, lui rappelait vaguement ce qu’il avait éprouvé lors de ses premières confrontations avec des Détraqueurs… C’était quasiment la même chose, à quelques détails près. Il soupira, et s’assit sur un lit vide, le souffle un peu plus précipité que de coutume et sortit de l’une de ses poches le Chocogrenouille que Dumbledore lui avait donné un peu plus tôt.

 

         Ayant récupéré une bonne partie de ses facultés, bien qu’il soit encore fatigué, il jeta un regard aux deux adolescents qui se trouvaient à quelques pas de lui. James dormait toujours et, quant à Lily… il ne restait plus qu’à attendre… Il ne savait pas si le sort avait marché ou pas mais il ne pouvait rien faire de plus. Sur cette pensée, il quitta silencieusement la pièce.

 

 

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